CHAPITRE XLII
„Le vicaire de Jésus-Christ, disait-il, debout au gouvernail de l’Église, entend les mugissements toujours plus terribles de la tempête excitée par le génie du mal ; il voit les Ilots monter, menaçant d’envahir cette barque de Pierre qui porte le salut des nations, c’est-à-dire la lumière de la foi, le pain de la vérité, la source de la vie et toutes les richesses de la sainteté. Dans une lettre adressée à tous les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques de l’univers catholique, en communion avec le Saint-Siège, Pie IX leur demande d’ordonner un triduum de prières publiques, afin d’obtenir de Dieu le pardon pour les pécheurs, la conversion des méchants et la fin des maux si grands qui affligent l’Église. “
L’année 1868 apportait en effet au diocèse de Bàle son contingent des plus terribles épreuves. Le Grand Conseil de Berne, par son décret du 5 mars, supprimait les Sœurs enseignantes dans toute l’étendue de ce canton. Voici ce décret: „Les personnes appartenant à un ordre religieux ne pourront plus à l’avenir ni être diplômées, ni nommées en qualité d’instituteurs ou d’institutrices primaires."
Ce décret frappait les Ursulines, qui avaient des établissements à Porrentruy et à Saignelégier, et aussi les Sœurs de charité (de Besançon) qui, outre leur établissement de Saint-Ursanne, avaient une colonie à l’hospice du château de Porrentruy. Un recours des députés catholiques du Jura, rédigé par M. l’avocat Folletête, et signé par tous ses collègues, à l’exception d’un M. Carlin, fut rejeté, ainsi que les pétitions de soixante-dix conseils communaux, revêtues de dix mille signatures, et appuyées des plus vives recommandations de l’évêque de Bâle. Le nonce apostolique échoua pareillement dans ses efforts auprès du Conseil fédéral en faveur des religieuses supprimées dans le canton d’Argovie. Dans ce canton on avait supprimé les couvents de bénédictins de Mûri et de Wettingen, ainsi que le couvent des PP. capucins à Baden. En Thurgovie, on avait supprimé les couvents d’hommes de Kreutzlingen, Fischingen, Ittingen, la maison des capucins à Frauenfeld, le chapitre de Bischofszell, et les couvents de femmes de Dânikon, Feldbach, Kalchrein, Münsterlingen et Paradis. Restait le couvent de Catherinenthal; il fut supprimé en 1868, lors de la révision de la constitution. L'évêque eut beau protester, en s’adressant au président de l’assemblée constituante, qui était un catholique. On renvoya simplement au prélat sa requête, sous prétexte qu’elle était inconvenante. Celte même constitution de Thurgovie de 1868, contenait différents articles opposés au droit canonique et notamment celui-ci: „La fondation de corporations religieuses est interdite dans le canton de Thurgovie." Par les votes d’une majorité hostile, toute la fortune de ces couvents, toutes les fondations pieuses en faveur des écoles primaires catholiques, fondues plus tard avec les écoles protestantes, étaient incorporées au domaine public et enlevées aux lins que poursuit l’Église catholique.
Dans cette même année 1868, Mgr Lâchât prit une part active à la translation à Besançon des restes de Mgr Raymond de Durfort, archevêque de Besançon, qui en 1791 avait dû chercher un asile à Soleure, et y était mort de la mort des justes. Son Éminence le cardinal Mathieu ayant désiré ramener sur la terre française les restes de Mgr de Durfort, obtint facilement de Mgr Lâchât le concours le plus empressé pour l’accomplissement de cet acte de piété filiale. Après un service solennel dans la cathédrale de Saint-Ours à Soleure, le corps fut déposé au chemin de fer dans un fourgon spécial, et partit pour Besançon accompagné par Mgr Lâchât et les vénérables chanoines délégués par le cardinal. A Besançon eut lieu de nouveau un office très solennel, à l’issue duquel M. le chanoine Besson, aujourd’hui évêque de Nîmes, prononça l’éloge funèbre du défunt.