CHAPITRE XLII
vénérables évêques prirent à l’unanimité la résolution de présenter aux membres de l’assemblée fédérale un Mémoire sur la situation de l’Église catholique devant le droit public en Suisse, et dans lequel seraient relatées les atteintes portées au clergé et au peuple catholique dans les matières bénéficiales, dans l’éducation des clercs, dans la législation du mariage et enfin dans l’existence des ordres religieux. Ce projet des vénérables évêques ne fut réalisé qu’en 1871.
Toutefois, malgré les efforts d’une opposition toute puissante, Mgr Lâchât avait la consolation de constater dans l’étendue de son diocèse une certaine expansion de la foi catholique. De nouvelles églises étaient ouvertes à Bienne, à Liestal, à Birsfelden, à Saint-Imier, à Moutier-Grandval, et des stations pour le service religieux étaient établies à Thoun, Interlaken, Brientz, Wysen (Bàle-Campagne), Lenzbourg, Corgémont et Malleray.
La convention du 26 mars 1828, conclue entre le Saint-Siège et les cantons de Lucerne, Berne, Soleure et Zoug, pour la reconstitution de l’évêché de Bâle, disposait ainsi dans son article VIII: „ Il sera établi à Soleure, résidence de l’évêque et du Chapitre, un séminaire, pour lequel les gouvernements fourniront la dotation et les bâtiments . . . L’évêque dirigera et administrera ce séminaire, avec quatre chanoines des différents cantons. “ Il est vrai qu’une convention particulière conclue avec Mgr Arnold, le 17 septembre 1858, reconnaissait aux États un certain nombre de conditions mises à la prestation de leur concours. Ainsi l’évêque ne devait choisir pour directeurs et professeurs du séminaire que des hommes investis de la confiance de la majorité des États diocésains. Avant que l’on procédât à ces choix, les gouvernements avaient à donner leur avis. Les États se réservaient en outre le droit d’inspecter le séminaire, de nommer une commission qui assisterait à l’examen de clôture des cours, de ratifier le règlement, sans toutefois toucher à ce qui regarde la discipline religieuse. Le Saint-Siège avait désapprouvé hautement cette convention de 1858, que l’évêque avait dû subir, contraint par la plus extrême nécessité. Cependant cette situation avait duré depuis dix ans sans causer de troubles. Mais voici que la Conférence diocésaine, réunie à Soleure, le 2 avril 1869, avait demandé le retrait du Manuel de théologie morale du P. Gury. Elle avait aussi présenté certaines observations de détail, auxquelles Mgr Lâchât dans l’intérêt de la paix trouva bon d’accéder; il consentit â remplacer le Manuel de Gury par le Manuel de MgrKenryk, archevêque de Baltimore. Ces concessions, comme on le verra, ne désarmèrent point le mauvais vouloir de la Conférence.
Le mandement île carême, qui avait pour sujet „ Jésus-Christ et son Église", se terminait ainsi :
„Nous vous annonçons, N. T. G. F., un grand événement qui ne s’est plus vu depuis trois siècles et qui aura lieu cette année dans la Ville éternelle. Notre Saint-Père, le pape Pie IX, par son indiction en date du 29 juin 1868, fête des bienheureux Apôtres S. Pierre et S. Paul, a comme chef suprême de l’Eglise catholique convoqué tous les évêques du monde et les ayants-droit à se rendre à Rome pour un concile œcuménique, qui sera ouvert dans la basilique de Saint-Pierre, le 8 décembre 1869, fête de l'immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie. Nous vous recommandons instamment, N. T. G. F., d’adresser au Dieu tout-puissant vos plus ferventes prières, pour qu’il daigne protéger, diriger et éclairer vos premiers pasteurs qui se réunissent pour traiter des grands intérêts des âmes. Supplions tous le Saint-Esprit de venir par sa grâce renouveler la face de la terre, afin que la religion triomphe, que les bonnes mœurs refleurissent, que les peuples vivent en paix et que N. -S. J.-C. soit connu, servi et adoré dans tord l’univers. Que la grâce et la charité de Dieu soient avec vous tous!