CHAPITRE XLII
illégitime dans sa base, et pernicieux dans ses effets, pour les individus, pour la famille et pour la société. Citons ce passage :
„La question qui nous occupe fut agitée en Prusse, l’an 1861. A la chambre des Seigneurs, le mariage civil fut repoussé par une grande majorité, quoiqu'on le proposât seulement pour des cas exceptionnels. Le rapport de la commission contient les motifs suivants: «Donner aux époux la liberté de faire leur choix entre la bénédiction nuptiale du prêtre et la déclaration de leur volonté devant un fonctionnaire public, c’est ôter au mariage et à la famille son caractère sacré, sa dignité ; c’est préparer au peuple une double tentation : la méfiance contre l'autorité légitime et l’abandon des traditions chrétiennes de nos ancêtres ; c’est mettre en péril à la fois l’autorité de l'Eglise et le bien de l’Etat. “ Et on risquerait sans nécessité une aussi dangereuse expérience! Cette mesure, qui blesse si profondément le sentiment religieux de la nation, dépasse même de beaucoup le but de ceux qui l’ont proposée, à savoir la facilité de conclure les mariages auxquels l’Eglise refuse sa bénédiction. Pour favoriser un petit nombre de couples, faudra-t-il donc offrir à tous les moyens de faire un acte qui détruira peut-être la paix de leur vie et les condamnera à de longs regrets? Une assemblée législative est-elle en droit d’abolir un dogme et un précepte de la religion catholique, de déclarer ouvertement qu’en certaines circonstances le mariage ne sera plus un sacrement, mais un contrat civil qu’on pourra dissoudre impunément ? Cette question acquiert une plus grande portée par le fait que les protestants forment une grande majorité dans l’assemblée législative de la Confédération et dans celle de plusieurs cantons. Admettons qu'ils aient le droit de prescrire une loi matrimoniale en contradiction ouverte avec la foi catholique, qu’est-ce qui les empêcherait de changer et d’abolir la religion catholique elle-même, selon le vote de la majorité ? On reconnaîtra mieux l’illégalité d'une semblable mesure, si on se l'imagine appliquée aux protestants par un gouvernement et une majorité catholiques. La conduite qui serait alors une injustice révoltante, ne peut être juste lorsqu’on la tourne contre les catholiques."
Après bientôt vingt ans ces raisons ont conservé toute leur force. Le mariage civil, introduit dans la plupart des législations, par les parlements, a eu pour conséquence fatale le divorce, lequel pratiqué aujourd’hui dans de vastes proportions, menace d’une ruine certaine l’ordre social européen.
Au concile du Vatican, Mgr Lâchât, connue tout son passé le faisait prévoir, compta au nombre des évêques qui voulaient une définition dogmatique de l’infaillibilité du pape. Un grand journal de Berne, le Bund, ayant critiqué vivement cette attitude, s’attira de la part de l’évêque de Bàle une lettre très franche, dans laquelle nous relevons le passage suivant:
„Si je respecte le droit d’autrui, je désire que l’on respecte aussi le mien. Or il y a parmi nous, en Suisse, des hommes d’État, des professeurs, des journalistes, qui les uns par malice, les autres par ignorance, démolissent les bases sur lesquelles repose l’ordre social; et moi, je n’aurais pas le droit de confesser ces vérités qui sont le fondement de toute liberté! Et ceux qui me critiquent si vivement qui sont -ils? Des libres-penseurs, des protestants. Très bien. Mais, au nom de Dieu, qu’ils me laissent aussi ma place au soleil du bon Dieu, avec ma part de liberté et d’indépendance du citoyen suisse; voilà ce que je veux; ni plus, ni moins."
Mgr Lâchât prononça au concile plusieurs allocutions et un très éloquent discours, dans lequel, ainsi que nous l’avons dit (Tome II. p. 503), était contenue une amende honorable pour les témérités du concile de Bàle, en 1439.
En lisant le mandement de carême que publia Mgr Lâchât, à Rome, le jour de la fête de la chaire de S. Pierre, on ne saurait se défendre de partager l’émotion que lui fait éprouver le spectacle du concile.
«Dieu nous a fait la grâce, dit-il, d’accomplir heureusement le voyage de Rome et de venir représenter au concile œcuménique l’antique église de Bâle, comme l’ont fait dans des circonstances analogues, plusieurs de nos illustres prédécesseurs, et comme