CHAPITRE XLII
serviteur, c’est une main souvent inconnue de l’autre main qui a semé pour eux. Leurs offrandes réunies tous les jours dans les mains du Père commun élèvent les ressources de la papauté à la hauteur de tant de besoins. Quelle que soit la durée du concile, de tels dons, nous en avons la confiance, ne feront que s’accoître encore. Rome prépare au monde le pain de la parole sainte et de la vie éternelle ; il est juste que le monde donne à Rome, surtout à la Rome du concile, le pain terrestre et matériel.
„Je voudrais, N. T. C. F., qu'il vous fût donné à tous de contempler le grave spectacle qu’offre dans ses sessions publiques l’assemblée de l’Église universelle: cette salle si vaste et si majestueuse préparée dans le transept de la basilique de Saint-Pierre, ornée des portraits des papes qui ont présidé des conciles œcuméniques, et des plus belles scènes conciliaires empruntées à l’histoire ; au fond, le Saint Père déposant la tiare et quittant son trône pour venir se mettre à la tète des supplications dans l’attitude la plus humble; les officiers de sa maison et les membres du sacré collège agenouillés à son exemple; enfin, de chaque côté de la salle, les huit cents pères du concile, patriarches, primats, archevêques, évêques, abbés, généraux d’ordre, formant autour de l’autel comme un cercle immense de mains suppliantes et de voix enflammées par la prière; tous invoquant dans les accents les plus divers de l'Orient et de l’Occident, mais avec la même dévotion, les anges, les saints, Marie notre divine Mère ; tous implorant le même Père par le même Jésus-Christ, afin que le Ciel s’ouvre, que le Saint-Esprit descende et qu’il déploie sur la terre les ailes immenses de son amour. Devant les portes ouvertes de la salle conciliaire, se presse une multitude assemblée de toutes les parties du monde, et sans cesse renouvelée par la pieuse dévotion qui attire à Rome tous les peuples de l’univers. Ils viennent contempler le Père commun de la chrétienté, reconnaître et saluer leurs pasteurs dans cette foule épiscopale composée de tous les pasteurs des nations ; et se sentant du premier coup comme nationalisés dans une cité hospitalière où personne n'est étranger, ils croient revoir cette Rome, cette basilique, ces autels qu’ils visitent pour la première fois, tant l’idée qu’ils s’en faisaient dans leur cœur est d’accord avec la réalité! Vous verriez ici, N. T. C. F., un mélange sans confusion de toutes les variétés de l’espèce humaine. Tous les âges, tous les états, toutes les conditions, tous les rangs y sont représentés, aussi bien que tous les peuples: hommes, femmes, enfants, jeunes gens, prêtres et soldats, artistes et magistrats, savants et écrivains, de toute langue, de toute tribu; ceux-ci avec la vivacité de leur âge tempérée par les habitudes d’une éducation chrétienne, ceux-là, le front déjà chauve et la démarche appesantie par les ans ; les uns. les regards perdus dans les magnificences et les hauteurs de la coupole, les autres moins sensibles aux beautés de l’art, mais tous émus de la sainteté du lieu, tous répétant et croyant ces mots qui établissent l’éternelle durée de la papauté et de l'Église: „Tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle." Pour que rien ne manque à ce spectacle, les honnêtes paysans de la campagne romaine et des lieux voisins viennent se mêler aussi dans la basilique de Saint-Pierre, aux hôtes accourus des quatre vents du ciel. Ils donnent l’exemple de la piété avec une naïveté qui touche et attendrit ; il baisent avec une filiale confiance le pied de la statue de bronze du Prince des Apôtres déjà usé par les marques de respect de leurs ancêtres ; et se prosternant autour du sanctuaire où reposent les reliques des Saints Apôtres, ils courbent le front jusqu’à terre parmi les cent vingt lampes allumées jour et nuit devant le tombeau sacré. Ah! ce n’est pas ici que la lampe de l’autel sera appelée solitaire , ni qu’elle se plaindra de veiller seule au pied des tabernacles! Il n’y a point de jour, il n'y a point d’heure où des prêtres et des fidèles ne veillent avec elle dans un saint recueillement. Le glorieux tombeau est le but du pèlerinage de toute la chrétienté, et la piété des pèlerins est partagée, aussi bien que leur attention, entre cette salle conciliaire où se traitent les grands intérêts de la religion, et cet autel élevé depuis dix-huit siècles sur la tombe du premier pape.
„A la vue de pareils spectacles, chacun sent que l’œuvre préparée par Pie IX et commencée par le concile œcuménique est une œuvre de lumière, de régénération et de paix. Cette impression, communiquée par tous ceux qui l’ont ressentie d’abord, est commune aujourd’hui à toute l'Europe, et de l'Europe elle fera le tour de la terre. Les princes se félicitent hautement d’avoir laissé à l’Église la liberté de convoquer cette assemblée, témoignant chaque jour une plus grande confiance dans les décisions de sa