COMMENCEMENT DES HOSTILITES
profonde sagesse; les hommes d’Etat les plus éminents tiennent le même langage avec une franchise qui les honore ; et ce sera sans contredit une des gloires de notre siècle, et un de ses titres aux miséricordes du Seigneur de n’avoir mis ni entraves ni limites à cette liberté sainte dont le concile a besoin pour enseigner la vérité."
Puis le prélat terminait par cette aspiration si vraie vers son diocèse de Bàle, vers sa terre natale :
„Bien que nous jouissions sous l’égide de Pie IX d’une délicieuse paix et que la Rome pontificale ait pour notre cœur d’irrésistibles attraits, néanmoins nous demandons au Seigneur de nous reconduire bientôt au milieu de notre famille spirituelle, au sein de notre chère patrie. Qu’il lui plaise de nous réunir, l’œuvre du concile terminée, à nos vénérables frères les chanoines de notre cathédrale et à tout notre digne clergé, pour continuer à travailler de concert au salut des âmes confiées à nos soins! Qu’il daigne nous maintenir constamment dans cette union parfaite, dans cet accord complet de vues et de sentiments, dont tout le troupeau a besoin pour être un jour introduit tout entier dans la véritable terre promise, la céleste Jérusalem ! Et que tous les fidèles de l’Eglise de Bàle, fortifiés dans la foi catholique, reçoivent l’enseignement du concile œcuménique confirmé par l’autorité de Pierre, vivant dans son successeur Pie IX, avec tout le respect et toute l’obéissance que l’on peut attendre des esprits les plus nobles et les plus dociles, et avec toute la générosité, toute la joie, tout l’amour qui caractérisent les grands cœurs!
Que la grâce de N. S. Jésus-Christ et la charité de Dieu soient avec vous tous!"
Cependant la Conférence diocésaine poursuivait sans relâche son projet de • supprimer le séminaire. De 1862 à 1868, ainsi que l’attestent les procès-verbaux qu’elle dressait lors de l’examen des comptes, il n’y avait eu que des éloges à donner, tant à la gestion financière qu’au régime des études. Mais voilà que le 2 avril 1870, sans avoir donné avis au représentant de l’évêque absent, elle supprimait par un décret le séminaire établi à Soleure, en vertu du concordat.
On remarqua que cette mesure avait été prise la veille d’une fête bruyante donnée à l’occasion d’une victoire remportée par le parti radical à Lucerne. Le séminaire fut offert en holocauste. Au commencement de mai, le chef du gouvernement de Soleure donna avis au supérieur que les bâtiments allaient être occupés par les candidats à l’école normale. Le mobilier du séminaire, y compris un piano et la provision de vin, fut vendu aux enchères. L’État de Zoug protesta contre ces agissements et son député, M. Oswald Dossenbach. les flétrit connue il convenait dans une spirituelle brochure portant ce titre: La Conférence diocésaine de l’évêché de Bâle et le député de Zoug. (Delémont. 1871.)
Ce qui avait excité l’ardeur belliqueuse des conférenciers n’était autre chose que la définition prévue de l’infaillibilité. En effet, le gouvernement d’Argovie, pour la fête fédérale du 11 septembre 1870, prescrivait à MM. les curés de lire du haut de la chaire le passage suivant contenu dans une espèce de mandement césarien :
„Le jour même où la guerre a éclaté entre deux peuples (la France et la Prusse), on a proclamé à Rome, pour le monde entier, comme un commandement de Dieu et une condition du salut éternel et temporel, une nouvelle doctrine de la foi (l’infaillibilité du pape), qui est une véritable déclaration de guerre aux hommes intelligents, à la raison, à la science de ce siècle et à l’ordre social de l'avenir, doctrine qui menace gravement la paix entre les nations."
Des hostilités analogues se manifestaient à Lucerne, et faisaient pressentir de graves défections dans la doctrine.
Mgr Lâchât était rentré à Soleure vers la fin de juillet. La guerre engagée dans l'Est de la France devait amener l’occupation militaire du Jura bernois dont la frontière fut surtout gardée par des bataillons de la Suisse romande.
Evêques (le Bâle * 37
CHAPITRÉ XLÎI
Dès la fin de septembre, Mgr Lâchât avait protesté contre le décret de suppression de son séminaire, et manifesté son intention d’en ouvrir un autre dans une maison particulière, même pour le cas où lui seraient refusés les subsides des États. Mais le 19 novembre parut la Réponse de l’évêque de Bâle à la notification, en date du 27 octobre, de la suppression du séminaire par la conférence diocésaine. L’évêque adressa cette réponse aux divers gouvernements des États, comme il l’avait fait précédemment. Dans ce document remarquable, le prélat relève d’abord le silence de quatre mois que l’on a gardé à son égard, après une mesure aussi grave. Le séminaire a pour base juridique un traité solennel, il ne convient donc pas que l’une des parties viole le droit de l’autre partie. Les États se plaignent à tort de supporter toutes les charges, bien qu’ils n’aient pas tous les droits. Ils subissent la condition commune de tous les patrons et fondateurs d’œuvres charitables. Mais si les États retirent leur concours à l’évêque de Bàle, il est bien évident qu'ils n’ont pas le droit de lui interdire l’établissement d’un nouveau séminaire. Et quels sont les documents sur lesquels on s’appuie pour agir ainsi ? — On invoque une prétendue Convention fondamentale qui n’est nullement acceptée par l’autorité ecclésiastique, et dont il est bon de connaître l’origine :
„Le 28 mars 1828, dit-il, des magistrats suisses, délégués par leurs compatriotes, ont signé solennellement un concordat avec le représentant du Saint-Siège; deux jours après, les mêmes hommes, dans la même ville, et tenant la même plume, s’empressent de modifier, de changer, de détruire ce concordat. Réunis secrètement en conciliabule, se barricadant pour ainsi dire contre l’autorité ecclésiastique, ils brassent et remanient d’une main furtive toutes les institutions diocésaines, l'évêque, le chapitre, l’offîcialité, le culte, les paroisses, les fabriques, les prébendes, les bénéfices ; puis, usant du même droit, ils font rentrer sous leur juridiction les vieilles franchises cantonales, les immunités de certains États, la souveraineté de l’État vis-à-vis de la curie romaine, iejus cavendi et même le placet, oui le placet royal, placetum vegium, à exercer dans une république! Tel est le document que l’autorité ecclésiastique n’a jamais reconnu et qu’elle a toujours rejeté. Il ne reste donc que la lettre du concordat avec ces trois stipulations que les États sont tenus de respecter: L’évêque établira un séminaire à Soleure. — Les gouvernements fourniront la dotation et les édifices. - L’évêque dirigera et administrera le séminaire."
La Conférence eut beau protester, l’évéque ouvrit son séminaire dans une maison particulière à Soleure. Mais de plus graves événements allaient s'accomplir en Italie. Ptome allait tomber aux mains de ceux qui l’assiégeaient. Le 20 septembre 1870, le Saint-Père ayant subi, par la prise de Borne,1 une dernière violation de son indépendance, les évêques de la Suisse adressèrent à Pie IX et publièrent une éloquente protestation.
„Nous voulons, disaient-ils, que ce document redise dans les temps les plus reculés que nous ne sommes pas restés muets devant l'attentat récemment commis contre le Saint-Siège; que bien au contraire, en notre nom et au nom des prêtres et des fidèles de nos diocèses, nous avons élevé hautement, solennellement la voix contre la spoliation, la violence et le sacrilège consommés ; que ne formant qu’une seule âme et un seul cœur, nous avons tous ensemble renouvelé le serment de nous attacher toujours plus étroitement, dans le malheur comme dans le bonheur, au Vicaire de .Jésus-Christ, et que jusqu’à
1 Dans une brochure récemment publiée à Londres, sur la guerre 1870 — 1871, et signée de Lord Acton, historien et publiciste distingué, nous trouvons l’énonciation d’un fait qui a produit une grande sensation en Angleterre. Lord Acton raconte que, pour prévenir une alliance entre la France et l’Italie et s’assurer la neutralité de cette puissance, M. de Bismarck, dès le Ie' juillet 1870, s’était engagé, vis-à-vis du gouvernement de Victor Emmanuel, à ne conclure aucun traité de paix définitif avec la France avant que l’Italie n’eût occupé Rome et éventuellement recouvré Nice et la Savoie.