CHAPITRE XLÏI
un curé de sa paroisse, il lui enlève ce qu’il lui avait confié sous des conditions déterminées. Ce procédé ressort de la juridiction essentielle et propre à tout évêque. Comment pourraisje donc y renoncer? Je repousse les conditions qu’on cherche à m'imposer. Car je ne puis souffrir que les loups dévorent mon troupeau sans m’opposer à leurs ravages, portant devant Dieu et devant ma conscience la responsabilité des âmes confiées à ma garde.
4° Vous me sommez de répondre à vos accusations. Permettez-moi de le déclarer, Messieurs, je ne vous reconnais pas le droit de m’intimer, dans des questions dogmatiques et disciplinaires, l’ordre de venir me justifier à votre barre dans la Conférence diocésaine. D’ailleurs, à quoi bon cette justification ? Votre décret prouve d'un bout à l’autre que vous m’avez condamné avant de m’entendre, d’autant plus que vous vous constituez tout ensemble et mes accusateurs et mes juges.
5° Voici une autre sommation qui m’enjoint de réhabiliter deux prêtres justement interdits. 11 vaudrait mieux donner des conseils salutaires à ces prêtres que d’intimer des ordres disciplinaires à leur évêque; car ils peuvent, avec le secours de l’infinie miséricorde, mériter un jour la grâce de la réhabilitation. Qu’ils reviennent à la foi de l’Eglise, qu’ils rentrent dans l’unité, qu’ils fassent pénitence et réparent le scandale, alors je les recevrai les bras ouverts, avec bonheur, dans la joie de mon cœur; mais s’ils poursuivent la voie de l’erreur et persévèrent dans le schisme et l’hérésie, la révocation du jugement ecclésiastique n'affranchirait pas leur âme. D’ailleurs, je n'ai plus le pouvoir de briser leurs liens; comme ils ont encouru l’irrégularité par la violation des censures, le Saint- Siège peut seul prononcer sur eux la parole de réhabilitation. Tout ce que le devoir me permet en ce moment, c’est de conjurer le Seigneur tout-puissant et tout miséricordieux de les ramener dans le chemin de la vérité, de la justice et du salut.
6e En m’invitant d’éloigner M. le chancelier épiscopal, vous me mettez dans la nécessité de vous dire, Messieurs, qu'il ne relève sous aucun rapport de votre autorité. Il est mon secrétaire, mon aide, un des premiers membres de ma famille. Et puisque vous f épargnez dans vos nombreuses accusations, il me suffira de déclarer, et je suis seul juge ici, que j’apprécie infiniment son activité, son dévouement, ses mérites et ses vertus.
7° Vous me montrez en perspective, Messieurs, des mesures sévères, si ma réponse ne satisfait pas vos désirs. 11 est une sorte de silence plus éloquent que tous les discours: je me tais donc.
Cependant encore deux mots pour finir. Les maîtres de mon enfance et de ma jeunesse m’ont inspiré la crainte de Dieu. Irai-je maintenant, pour éviter quelques désagréments passagers, m’établir en évêque traître et parjure? Irai-je contrister ma Mère, la sainte Eglise, et mes fidèles diocésains, portant le scandale dans tout le diocèse de Bâle et dans la Suisse entière ? Oh ! qu’on ne l’espère pas : non, jamais ! Et j’aime cette mâle devise: „ Plutôt mourir que d’être déshonoré. “ Melius mort, (pu ai a fœdari.
Je prie le Seigneur tout-puissant qu’il vous inspire, Messieurs, des résolutions justes et, tolérantes envers l’Église, au moins par égard envers mes bien-aimés diocésains que vos projets ont vivement alarmés et plongés dans la douleur. Que le divin Chef de l’Église leur rende la paix! Qu’il assure parmi eux le bienfait de la vraie foi et la liberté du bien, et qu’il les maintienne constamment unis avec leur évêque et par lui avec leur Père commun, le Vicaire de Jésus-Christ.
Veuillez, Monsieur le Président et Messieurs, agréer l’assurance de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être votre très humble serviteur,
Soleure, le 16 décembre 1872.
f EUGÈNE, évêque de Bâle.
Pour tout homme de bonne foi ce document contenait une défense complète et victorieuse de Mgr Lâchât, mais la Conférence, qui y vit un outrage à la suprématie de l’Etat, entra résolument dans la voie de la persécution.
En lisant l’histoire de ce temps-ci, il est difficile de ne pas attribuer à un mot d’ordre, parti des sectes souterraines, la coïncidence entre l’établissement du Kultur-