LE LEGS LINDER
l’administration de l’évêque. Voici les faits qui avaient donné lieu à cette injuste revendication. En 1847, quatorze ans, par conséquent, avant que Mgr Lâchât ne fût élevé à la dignité épiscopale, une demoiselle Linder, de Bâle, convertie au catholicisme à Munich, avait, par testament, légué en faveur de l’évêque de Bâle, exerçant les fonctions épiscopales à l’époque de l’ouverture du testament, une somme de deux cent mille francs, vieux taux, pour être employée selon les besoins religieux du diocèse. — Par disposition particulière, contenue dans un pli ou supplément cacheté, qui ne devait pas être ouvert en même temps que le testament à Bâle, mais remis sous pli au légataire, soit à Mgr Lâchât, la testatrice déclarait que l’évêque pouvait disposer librement et à sa volonté de cette somme pour les besoins religieux du diocèse. Le montant du legs fut remis à Mgr Lâchât en titres, à part une petite fraction en argent, ainsi qu’il l’avait, désiré. Le contenu du testament fut communiqué à plusieurs journaux, entre autres à ceux de Soleure, et le supplément dont nous avons fait mention fut remis au Chapitre du diocèse de Bâle, conformément au vœu de la testatrice.
A teneur de ce testament, l’évéque disposa du revenu de cette somme de deux cent mille francs selon que les besoins et les circonstances l’avaient, exigé et bien entendu, sans aucune opposition ou immixtion de la part du gouvernement de Soleure. L’évêque ne faisait en cela qu’user du droit incontestable de tout légataire régulièrement entré en possession d’un legs. Aux injonctions du gouvernement de Soleure de se présenter devant le juge de paix, Mgr Lâchât opposa un refus formel et une protestation. Il fut donc cité devant le tribunal de Soleure, par le gouvernement qui se portait partie civile, et sommation lui fut faite de livrer les titres et le codicille de Mlle Linder. Le 19 mars, le président du tribunal se rendit au palais de l’évêque, conformément à la loi qui prescrivait le séquestre des valeurs contestées. Mgr Lâchât, en présence du Chapitre, remit au magistrat, à titre de dépôt, le legs intégral de Mlle Linder. Il fut convenu que le chancelier de l’évêque et un membre du gouvernement le déposeraient à Bâle dans une banque, qui délivra récépissé et conserva ces valeurs pendant toute la durée du procès, c’est-à-dire jusqu’en 1877.
Les agents du gouvernement, eurent toute liberté de se livrer, le 8 avril, à l’opération de l’inventaire. Sauf quelques vieux ornements d’église, et. quelques services de table légués par l’un des prédécesseurs de l’évêque actuel, tout le mobilier de l’évêché appartenait à Mgr Lâchât. Les agents du gouvernement ayant déclaré qu’ils allaient faire une visite domiciliaire, menaçant d’employer la force, si elle était nécessaire, l’évêque demeura ferme et inébranlable, déclarant qu'il ne livrerait pas sa correspondance, et qu’il était prêt à aller en prison, si l’on insistait. Pendant cinq heures durèrent les menaces d’une part, et la résistance de l’autre. Enfin de guerre lasse, les agents quittèrent l’évêché, annonçant qu'ils reviendraient avec de nouveaux ordres.
Cependant le clergé de Soleure et le clergé du Jura avaient protesté contre la destitution de l’évêque dans des documents qu’il est nécessaire de rapporter.
Les prêtres de Soleure, au nombre de soixante et. onze, disaient :
„1° Nous ne reconnaissons que Sa Grandeur Mgr Lâchât comme légitime évêque de Bâle; 2° dans nos affaires religieuses nous n’écouterons aucune autre voix que celle de notre supérieur légitime; 3° nous ne romprons donc pas nos relations pastorales avec notre vénérable évêque Eugène, ainsi que l’exige le droit de l’Église