CHAPITRE XLII
et que nous y sommes autorisés par la constitution de l’État, et nous communiquerons au peuple, comme nous l’avons fait jusqu’à présent, toutes les ordonnances pastorales du chef du diocèse."
Le gouvernement de Soleure n’a pas tardé à répondre à cette manifestation du clergé. A la date du 26 il prenait la décision suivante :
„Vu la déclaration du clergé soleurois du 28 février, refusant d’obéir aux décisions de la conférence diocésaine du 29 janvier et déclarant ne reconnaître qu'un seul évêque et n’écouter d’autre voix que celle de Mgr Lâchât; considérant que cette déclaration constitue un acte formel de résistance à l’autorité de l’État, qui pourrait occasionner des désordres et de troubles; considérant que les excitations du clergé ont déjà provoqué dans quelques localités des désordres et des froissements désagréables entre citoyens; considérant que le devoir de l’État est de protéger les citoyens contre des persécutions illégales, de maintenir l’ordre et la souveraineté de l’État, a arrêté, le 24 février, la mise de piquet des bataillons d’élite N03 44 et 72 et de la compagnie N° 4 du bataillon de carabiniers N°2.“
Bientôt après, le gouvernement de Soleure prononçait la condamnation des soixante et onze curés du canton de Soleure qui ont protesté contre la destitution de Mgr Lâchât. Les curés qui ont signé la protestation et lu le mandement, sont condamnés chacun à une amende de cent francs. Ceux qui ont seulement signé la protestation, à cinquante francs. Et ceux qui ont signé par procuration, à vingtcinq francs.
De leur côté, tous les prêtres du Jura, au nombre de quatre-vingt dix-sept, avaient adressé, dès le mois de février 1873, à Mgr Lâchât la pièce suivante qui mérite d’être conservée.
Monseigneur,
Réunis dans les mêmes sentiments de lidélité et d’amour envers le Pontife que la persécution leur a rendu plus cher et plus vénérable, les prêtres du Jura bernois viennent déposer de nouveau à vos pieds l’affirmation de leur respect, de leur dévouement et de leur soumission filiale.
Oui, Monseigneur, nous jurons d’être, toujours et quoi qu’il arrive, fidèles à Votre Grandeur, fidèles au serment que nous Vous avons prêté au jour de notre ordination. Nous renouvelons solennellement aujourd’hui entre vos mains nos promesses cléricales, et, empruntant vos paroles si touchantes, nous jurons avec Vous de nouveau fidélité au Vicaire de Jésus-Christ, à Pie IX, à la sainte Église romaine, dans le sein de laquelle nous voulons vivre et mourir. Nous jurons de lui être fidèles jusqu’à notre dernier soupir, au prix de tous les sacrifices, même de notre sang.
Nous jurons la même fidélité à notre très cher et vénéré évêque Mgr Lâchât; lui et lui seul, nous le reconnaissons pour notre pasteur légitime. Nous repoussons tout intrus qui tenterait d’usurper l’autorité épiscopale et nous jurons de n’avoir jamais avec lui aucun rapport, le dénonçant à nos peuples comme un loup ravisseur.
Tous, unis sous la houlette de notre pasteur légitime, nous voulons vivre et mourir, enfants de la sainte Église catholique, apostolique et romaine, et rester jusqu’à notre dernier soupir
Jura bernois, février 1873.
Vos respectueux et dévoués enfants.
(Suivent quatre-vingt dix-sept signatures.)
En même temps, une protestation de neuf mille soixante-treize jurassiens était adressée au gouvernement de Berne. Berne répondit à cette protestation par un décret qui suspendait de leurs fonctions ecclésiastiques tous les curés du Jura (18 mars). La suspension fut, quelques mois après, suivie d’une révocation en