CHAPITRE XL II
rare fermeté dont vous donnez aujourd’hui le spectacle. Le peuple, en effet, si disposé à prendre exemple sur ses prêtres, ne peut, en vous suivant, que trouver de nouvelles forces pour garder la foi de ses ancêtres, pour revendiquer par tous les moyens que lui donnent les lois, les droits de sa conscience et les garanties de sa liberté religieuse.
Ainsi donc, restez sur la brèche, forts et inébranlables, vous rappelant que Dieu n’abandonne pas ceux qui combattent pour lui et que le triomphe de l’Église n’est pas une chose douteuse. Quant à Nous, au milieu des temps si critiques que nous traversons, Nous demandons au ciel pour vous la surabondance de ses secours, et profondément touché de votre démarche, Nous vous envoyons dans l’effusion de notre cœur, cette bénédiction apostolique, gage de la faveur divine et marque de notre bienveillance toute paternelle.
Donné à Dôme, près saint Pierre,
le 7 avril 1873, de notre pontificat, Van 27.
PIE IX, Pape.
Les encouragements du pape Pie IX venaient à propos pour soutenir dans les épreuves présentes les catholiques du diocèse et en particulier l’évêque de Bâle que le gouvernement de Soleure s’était chargé de faire sortir du palais épiscopal.
Ce fut le 16 avril, vers dix heures du matin, que se présentèrent de nouveau à la demeure de l’évêque les agents du gouvernement. Ils avaient pour instruction de demander à l’évêque d’abandonner de son plein gré sa résidence, ou de les laisser employer la contrainte. A cette demande Mgr Lâchât répondit que s’il était libre de demeurer chez lui, il ne quitterait pas; mais qu’il désirait avant tout entendre la notification de l’ordre du gouvernement. On alla chercher le chef du département de la police, membre du gouvernement de Soleure. Dans cet intervalle, Monseigneur adressa aux vénérables chanoines et à quelques membres du clergé qui étaient présents des paroles d’encouragement et de résignation. Alors parut le chef du département de la police qui s’exprima ainsi: ,, C’est la volonté formelle du gouvernement que l’évêque et son chancelier quittent aujourd’hui, à l’heure qui leur conviendra, le palais épiscopal. “ — „ S’il en est ainsi, répondit Mgr Lâchât, je suis prêt. “ Puis il prit dans une chambre voisine son manteau et son chapeau, entra une dernière fois dans la chapelle qu’il avait installée à ses frais, et trouva en sortant les gens de sa maison qui fondaient en larmes. Monseigneur les bénit avec calme. Sur l’escalier attendait le directeur de la police qui marcha à côté du prélat, suivi par les membres du Chapitre et par quelques prêtres. Quand on eut franché la grille, l’agent du gouvernement dit à l’évêque: Maintenant vous êtes libre," et il s’empressa de disparaître. En réalité, Mgr Lâchât n’était pas libre de rentrer chez lui; il était expulsé de son palais. Avec les
Jacques Meyer,
Curé -doyen à Altishofen.