BREF DE PIE IX AU CLERGE DU JURA
masse prononcée par la cour d’appel du canton de Berne. Tous les curés du Jura coupables d’avoir gardé la fidélité à leur évêque furent destitués, chassés de leurs presbytères, de leurs églises, frappés d’amendes pour les moindres fonctions ecclésiastiques qu’ils se permettraient d’accomplir malgré les défenses de l’État, et enfin remplacés par des prêtres étrangers, recrutés à grands frais dans les basfonds du clergé européen. Nous ne rappellerons pas les scènes incroyables qui ont signalé l’installation de ces intrus dans les paroisses, faisons toutefois les observations suivantes.
Au point de vue juridique, la protestation du clergé ne constituait aucune violation du droit public. C’est, un droit incontestable de tout citoyen suisse de protester contre un acte administratif, et même contre une sentence judiciaire émanée de n’importe quel tribunal; le clergé avait donc le droit de protester. La rédaction de cette protestation ne contenait aucun terme injurieux, n’impliquait aucune rébellion à l’autorité civile. On affirmait simplement le droit inviolable de tout prêtre catholique de rester en communion avec son évêque légitime. La protestation ne fut nullement la cause, mais seulement le prétexte des actes de violence concertés longtemps auparavant. L’initiative n’en doit être atttribuée ni à Mgr Lâchât, ni à M. Vautrey, mais bien à un ecclésiastique qui, cédant à un mouvement spontané, mit en branle ses confrères et trouva une pleine adhésion dans leurs sentiments dévoués à l’évêque.
Le gouvernement de Berne avait accordé un délai de quinze jours aux prêtres jurassiens pour retirer leurs signatures de la protestation collective où ils s’étaient tous rencontrés dans l' accomplissement d’un même devoir. Le délai fatal expira et aucun des signataires ne dégagea sa signature.
Cette attitude ferme et courageuse du clergé jurassien lui valut tout d’abord les témoignages les plus précieux. En même temps que V Univers à Paris, V Union franc-comtoise à Besançon, la Liberté de Fribourg et la Gazette du Valais ouvraient dans leurs colonnes des souscriptions en faveur des prêtres du Jura, et que la plupart des communes jurassiennes accordaient à leurs curés la bourgeosie d’honneur, la grande voix du Vatican leur apportait l’approbation la plus haute et les encouragements les plus précieux qui se puissent trouver ici-bas. Pie IX suivait, d’un œil attentif, la lutte qui s’engageait en Suisse contre l’Église; l’attitude du clergé jurassien avait toutes ses sympathies. Aussi le 7 avril 1873, adressait-il aux prêtres du Jura bernois, au diocèse de Bâle, le bref suivant, qui restera un monument éternel dans les fastes religieux de notre pays. Voici ce Bref du Saint-Père:
Chers fils, salut et bénédiction apostolique!
Vous n’ignorez pas, fils bien-aiinés, que le Christ a prononcé cette parole : bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Vous voilà donc en possession du même avantage, ayant mis dans vos affections les droits de l’Église et la soumission à votre digne pasteur avant votre repos, avant les faveurs du pouvoir. Tout affligé que Nous soyons de vos dures épreuves, et des mesures qui vous frappent, pourrions-Nous ne pas vous féliciter de ce que vous êtes de vrais ministres du Seigneur et d’un autre côté, en songeant à la récompense qui vous attend dans le ciel, comme aussi à cette victoire de la justice que vous préparez par votre admirable constance, puisque c’est une foi semblable qui peut prétendre à la conquête du monde ? Et ce triomphe, Nous l’attendons, non pas seulement des fatigues que vous supportez, du zèle qui vous fait agir, mais aussi de la