CHAPITRE XXX
Il fallut renoncer à ce projet et suivre une autre voie. Christophe d’Utenheim avait quarante-cinq ans quand il reçut la crosse de Bâle. L’empereur Maximilien Ier s’empressa d’accorder au nouvel évêque l’investiture des régales d’empire et de lui confirmer ses privilèges et immunités (1503). En même temps, il le chargea de réformer tant pour le spirituel que pour le temporel, les maisons de l’ordre de Cluny, situées dans le Brisgau et le Sundgau, et particulièrement le couvent de Saint-Morand. 1
Le premier soin de l’évêque Christophe d’Utenheim fut de réunir en synode tout le clergé de son diocèse et d’y publier des statuts qui devaient être comme un code embrassant tous les devoirs des curés et résumant les enseignements les plus précis de l’église sur cette matière. Ce fut le dernier synode tenu à la cathédrale de Bàle ; le protestantisme allait bientôt en expulser l’évêque et son clergé. Les statuts de ce synode ont été imprimés par les soins de Christophe d’Utenheim. Nous en donnerons un résumé qui suffira pour faire connaître la discipline et les règles en usage dans le diocèse de Bâle quelques années avant la réforme. On remarquera la sagesse de toutes ses prescriptions, la dignité, la pureté de vie, le zèle pour le salut des âmes, le désintéressement, la piété, la vertu, recommandés au clergé et rendus obligatoires par l’évêque, l’ordre établi partout, et le respect propre dont les choses saintes sont entourées. Christophe d’Utenheim convoqua son clergé au synode par une lettre pastorale du 27 septembre 1503.
„Le devoir de notre charge pontificale, écrit-il, nous oblige à veiller sur la vie et les mœurs de tout le clergé pour son salut et pour celui du peuple qui lui est confié. C’est ce qui se fait en particulier dans les pieuses réunions synodales. Car il est à craindre que les désordres ne s’introduisent dans le clergé et dans le peuple, quand les évêques ne célèbrent pas des synodes, selon leur devoir, quand ils ne publient pas de constitutions synodales, quand ils ne font ni exhortations pour pratiquer la vertu, et reprendre les vices, ni examen de la vie et des habitudes du peuple, de l'état et de la disposition des églises, des bénéfices et du culte public. C’est pourquoi pour pouvoir plus facilement et plus sûrement, avec la grâce de Dieu, faire renaître l’ancien éclat des églises de notre diocèse, entretenir l’honnêteté du clergé, renouveler les anciennes constitutions presque entièrement oubliées, nous avons résolu, du consentement et de l’avis des vénérables frères les doyens et chapitre de notre église, de célébrer pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, le saint synode, interrompu depuis longues années par le malheur des temps. Et de peur que quelque membre du clergé ne s’excuse de la transgression des constitutions synodales sur son ignorance ou sur l’oubli de ces statuts, nous avons pris soin d’ajouter quelques nouveaux articles aux anciens, d’en faire un tout ordonné où chaque prêtre pourra trouver sa règle de vie pour lui et pour la conduite des âmes, pour la garde des biens spirituels et temporels des églises. C’est pourquoi, en vertu de notre autorité ordinaire et de la sainte obéissance qu'ils nous ont jurée, nous exhortons pieusement en Noire-Seigneur, tous les prêtres, qui nous sont soumis, et en particulier les curés, à se servir de ces constitutions synodales, de les apprendre par cœur, de les lire souvent et de les observer comme de bons prêtres doivent le faire. Les doyens devront les publier, les lire, les communiquer et les expliquer à leurs confrères. En cela, vous ferez une chose agréable à Dieu,
1 Archives de l'ancien évêché de Bâle,