CHAPITRE XL1I
si généreuse, si hospitalière. Mgr le Révérendissime Abbé de Notre-Dame de la Pierre, entouré de ses religieux, présida aux obsèques; Mgr Hornstein, doyen de Porrentruy, officia et conduisit le convoi funèbre, au cimetière de Delle, où le regretté défunt avait demandé à dormir son dernier sommeil. Pie IX avait envoyé à M. Lâchât la croix de chevalier de S. Grégoire, avec un bref très élogieux pour sa science vraiment chrétienne et ses nombreux travaux.
Cependant au 15 novembre, terme extrême du délai accordé parle Conseil fédéral au gouvernement bernois pour faire cesser l’exil du clergé, les prêtres du Jura rentrèrent sur le territoire suisse. L’exil avait duré vingt mois et demi; à peu près dix-huit mois depuis le vote de la nouvelle constitution fédérale de 1874, qui défend aux cantons d’appliquer la peine de l’exil. Mais la condition du clergé rapatrié était des plus tristes. Les articles d’une loi votée à Berne sur les atteintes portées à la paix confessionnelle, rendaient impossible aux prêtres tout acte du ministère ecclésiastique, même ce que l’on appelait le culte privé. Cet état de choses ne devait prendre fin que le 12 mai 1876, après une décision du Conseil fédéral rendant aux prêtres, malgré la loi bernoise, la liberté du ministère ecclésiastique. En janvier, ce même Conseil fédéral avait fait promulguer pour toute la Confédération la loi sur le mariage civil et sur le divorce ; il avait aussi approuvé le projet d’un „ diocèse suisse" vieux-catholique, présenté par le canton de Berne, au profit de M. Herzog. Ce dernier se fit décerner dans un synode schismatique, réuni à Olten, le titre d’évêque national et au mois de septembre, il se prêta à la cérémonie sacrilège d’un pseudo-sacre qui eut lieu à Rheinfelden, avec la coopération du pseudo-évêque Reinkens venu d’Allemagne. Trois ou quatre petites paroisses d’Argovie passèrent encore à cette occasion dans les rangs du schisme qui était arrivé à son apogée. Le gouvernement de Soleure et le synode d’Olten destinaient à cette cérémonie sacrilège la cathédrale de Soleure. Mais avec l’aide de Dieu, les bons catholiques, sous l’influence d’un discours, prononcé dans l’église des Cordeliers, par M, le prévôt Fiala, rejetèrent le décret du gouvernement à la majorité des voix, et la cathédrale resta au culte légitime et ne fut point profanée.
En cette même année 1876, Pie IX avait envoyé deux brefs à l’évêque de Bâle. A la date du 3 juillet, le souverain pontife prononça solennellement l’excommunication contre un certain Panelli, du diocèse de Naples, qui avait parcouru le Jura en costume d’évêque, et qui n’étant pas même prêtre, usurpait le titre d’archevêque. Ce Panelli tomba sous les foudres de Rome et sous le ridicule de ses compatriotes. C’était là le premier coup mortel porté au schisme vieuxcatholique en Suisse; la lettre apostolique du 6 décembre 1876 acheva la déroute. Cette lettre était adressée à Mgr Marilley, évêque de Lausanne, et aux autres évêques de la Suisse, ainsi qu’au clergé et aux fidèles de ce même pays. En voici quelques parties :