FIN DE L’EXIL DU CLERGE JURASSIEN
concile du Vatican; bien des fois vous me parliez de l’explosion prochaine de la tempête qui fond sur nous, et moi je découvrais dans votre belle âme cet ensemble de vertus apostoliques à l’aide desquelles le Seigneur vous préparait pour vous éprouver.
En vous voyant aujourd’hui opposer si courageusement votre poitrine d’évêque aux nouveaux persécuteurs du catholicisme et donner le spectacle d’une résistance si héroïque, d’une sérénité si intrépide, je me dis que vos titres à mon estime et à mon affection sont doublés. En face de l’iniquité de ce temps. Dieu veut renouveler, par vous et par votre vénérable collègue d’Hébron, les exemples illustres des Athanase, des Hilaire et des Eusèbe. Or, l’histoire de l'Église nous enseigne que si chaque condamnation d'hérésie a été le plus souvent suivie de conflits et de persécutions, ces conflits et ces persécutions se sont terminés à la confusion de ceux qui les avaient favorisés et à la plus grande gloire des héros qui avaient soutenu invinciblement les combats de l’erreur et de la perfidie.
Il en sera ainsi de vous, Monseigneur; je n’en doute pas. En attendant, vous avez un grand sujet de reconfort et d’espérance, si vous considérez que votre cause n’est point isolée et que vos souffrances sont associées à celles de l’Église universelle et du Saint- Siège. Votre cœur a dû trouver d’ailleurs une vraie satisfaction dans les paroles d’encouragement que le chef auguste de l'Église, mû par sa sollicitude et son amour, vous a écrites de sa main, pour confirmer votre fermeté épiscopale, bien qu’il souffre lui aussi les mêmes tribulations. A cette fin je joins mes humbles prières et mes vœux pour que le Seigneur continue de vous assister et qu’en récompense de vos labeurs apostoliques il vous accorde la grâce de voir bientôt la paix et la tranquillité renaître dans votre diocèse de Bâle.
Je vous offre entièrement enfin mes services, et, vous remerciant de la courtoisie que vous avez eue de m’adresser vos lettres pastorales et vos actes, je vous baise les mains avec une respectueuse tendresse et me déclare pour toujours votre
Pérouse, le 30 mars 1873.
G. Cardinal PECGI, Évêque de Pérouse.
Le 3 1 août 1875, la Conférence ecclésiastique des prêtres du canton de Lucerne était réunie à Sursée, Mgr Lâchât, dans une allocution en latin, loua la fidélité de ce clergé, son obéissance au légitime évêque, le bon exemple qu’il donne au peuple catholique; si le prélat rappelle les défaillances de quelques-uns, c’est, afin d’affirmer la nécessité pour tous de se tenir dans l’humilité, l’amour de la prière et de l’étude, dans la gravité et la pureté de la vie. Dieu a permis les épreuves présentes poulie bien du clergé, comme pour le bien des fidèles. L’exemple que viennent de donner les prêtres du Jura est éclatant, il mérite d’être suivi partout. Pie IX leur a rendu témoignage, et leur évêque les bénit. „ Votre évêque, qui veut être aussi votre père et votre véritable ami, vous souhaite du plus intime de son cœur tous les biens et toute fébcité. Prions les uns pour les autres; prions pour le troupeau qui nous est confié, pour notre Saint-Père, le pape Pie IX, pour une situation heureuse de l’Eglise romaine et de notre patrie, afin que conservant la paix, la vraie liberté de la foi, notre peuple ne périsse pas, mais continue à vivre honoré et heureux."
Quelques semaines après, le 28 octobre 1875, le cœur de l’évêque de Bâle éprouvait une vive douleur. Son premier précepteur, son frère aîné, M. François Lâchât, écrivain, publiciste, député, vaillant défenseur de l’Église, traducteur et annotateur de la Somme de S. Thomas, et auteur de la meilleure édition des Œuvres complètes de Bossuet, mourait à Delle, sur les frontières du Jura bernois. Un grand nombre d’amis et de compatriotes, prêtres et laïques, étaient accourus pour rendre les derniers devoirs au frère de l’évêque de Bâle. Mgr Lâchât suivait en larmes le cortège funèbre. Toute la ville de Delle, ses magistrats en tête, une foule immense, témoignait par sa présence des sympathies de toute cette population