PIE PP. IX
Cette Lettre apostolique avait visé la Déclaration des évêques de la Suisse, concernant le nouveau schisme, publiée le 9 novembre 1876. Malgré l'appui des pouvoirs publics les plus élevés et l'aide de plusieurs gouvernements cantonaux, la nouvelle secte tombait en décadence. Le découragement avait gagné certains meneurs; les frais d’installation du schisme, dans le seul canton de Berne, s’élevaient à l’énorme somme de 181,900 francs, 1 la réprobation universelle frappait cet essai de résistance à l’Eglise catholique. A peine quelques traces en subsistentelles encore au moment où nous écrivons. Mais deux graves conséquences en sortirent : nous voulons dire, la mise en vigueur, dans le canton de Berne, de la loi des mites, de 1874 — 1876, et la Convention, dite Ferrata, conclue entre le Conseil fédéral et le Saint-Siège, stipulant la cessation de la situation anormale du diocèse de Bâle, au moyen d’une autre destination assignée à Mgr Lâchât. Ce sont ces deux faits que nous voulons signaler en terminant cette histoire, nous bornant à indiquer les événements qui prennent place dans les cinq dernières années du séjour de l’évêque de Bâle à Lucerne.
En mai 1877, Mgr Lâchât vint à Rome au Jubilé de Pie IX; il eut le bonheur de présenter au Saint-Père une nombreuse députation de ses diocésains. M. le comte Schérer, président du Pius-Verein suisse, lut une adresse émouvante qui réjouit le cœur de Pie IX. Dans les diverses stations de Rome, les pèlerins eurent le bonheur d’entendre la voix éloquente de leur premier pasteur et celle du doyen Rohr, prêtre très digne du canton d’Argovie.
Le 12 juillet, une sentence définitive et sans appel du tribunal de Soleure termina le procès intenté, en 1873, à Mgr Lâchât concernant le legs Linder. Les termes du testament et du codicille étaient d’une clarté telle qu’aucune discussion ne paraissait possible. Mais après la prétendue destitution de l'évêque par la Conférence diocésaine, le gouvernement de Soleure obtint du tribunal d’appel une sentence qui enlevait à l’évêque l’administration du legs Linder et qui était motivée comme il suit:
1° Mgr Lâchât ayant été destitué parla conférence diocésaine, et les gouvernements et la majorité des Grands Conseils ayant ratifié cette destitution, il s’ensuit qu’il n’est plus apte à bénéficier du testament Linder.
2° Les autorités fédérales ayant rejeté les divers recours de l’évêque, il s’ensuit qu’elles ont reconnu implicitement la légalité du décret de destitution.
3" Quant aux prescriptions du droit canonique, à l'autorité du Saint-Siège, à la dignité de l’évêque, le tribunal ne saurait en tenir compte. L’administration du legs doit donc être attribuée aux représentants des Etats diocésains.
1 Voir Hist. de la persécut. relig. dans le Jura, t. II. p. 341.