LUCERNE REND A L’ÉVÊQUE SA PART DU LEGS LINDER
L’honneur de l’évêque de Bâle ne fut nullement atteint par cette sentence. Cependant Mgr Lâchât en appela au Tribunal fédéral qui venait d’être nouvellement institué dans la Confédération. Mais les gouvernements des cinq États ne consentirent point à cette révision du jugement porté à Soleure, et le Tribunal fédéral ne fut point saisi de l’affaire.
Plus se multipliaient ces prétendues victoires remportées par le parti qui avait bouleversé le diocèse de Bâle, plus le mécontentement de l’opinion catholique se manifestait hautement et alarmait les cinq gouvernements séparés. La Conférence diocésaine des 23 et 24 mai 1 878 se réunit à Soleure avec la préoccupation d’opérer une réorganisation du diocèse de Bâle. Le procès-verbal de cette conférence ayant été divulgué par suite d'une indiscrétion de la „Luzerner Tagblatt", nous pouvons juger de l’embarras inextricable dans lequel se trouvaient les États qui croyaient avoir destitué Mgr Lâchât. Argovie se plaint de ce que, par les ordinations, par les confirmations, par le Directorium du diocèse, auquel se conforment tous les prêtres, Mgr Lâchât est plus évêque qu’avant sa destitution. Banni du territoire des cinq États, il est pourtant présent partout, et gouverne son diocèse. Cependant les cinq États persistent dans le maintien de l’acte du 29 janvier 1873. D’après eux, il ne peut plus être question de Mgr Lâchât ni de son chancelier. Il faut demander à l’évêque sa démission, dit l’un; il faut le faire nommer cardinal, dit un autre; un troisième est d’avis qu’il faut lui donner, selon la lettre du concordat de 1828, un suffragant. Mais cette solution présente une difficulté; le suffragant ne peut exercer aucune juridiction, s’il n’est délégué par l’évêque titulaire. Il eu serait de même, si l’on appelait un évêque suisse ou étranger pour fonctionner dans les cantons séparés. En constatant les difficultés de la situation, les cantons de la majorité de la Conférence font appel aux représentants des deux États de Lucerne et de Zoug qui sont demeurés fidèles à l’évêque. Ceux-ci ne refusent pas d’employer leur entremise. Mais ils ne cachent pas la difficulté inhérente à la question. Certains gouvernements prétendent sortir arbitrairement du lien diocésain; d’autres refusent de considérer l’Église catholique comme officielle, Landeskirche; d’autres établissent des lois inconciliables avec la constitution de l’Église romaine. Il faut que les gouvernements de la majorité de la Conférence renoncent à soutenir ces prétentions, s’ils veulent sincèrement donner satisfaction au peuple catholique, et restaurer la paix religieuse si profondément troublée. En définitive, ces fiers lutteurs, alarmés par les mauvaises dispositions qui se manifestent dans le peuple, sont contraints de se tourner vers le Conseil fédéral.
Cependant le 21 avril 1880, le directeur du département des finances du canton de Lucerne avisait Mgr Lâchât que le gouvernement avait décidé de remettre aux mains du prélat la part qui lui était revenue de la fondation Limier, depuis l’année où l’évêque de Bâle avait été privé de ce secours. La somme s’élevait à 21,574 francs, 80 centimes. En présence de cette démarche si honorable, pour le moment où elle était faite, Mgr Lâchât adressa au gouvernement de Lucerne une magnifique lettre dans laquelle nous devons relever le passage suivant:
«Depuis mon séjour dans votre ville, Monsieur le Président et Messieurs, vous avez constamment respecté en ma personne le caractère et les droits de l’évêque de Bâle. Par votre démarche actuelle, vous avez maintenu les droits du faible opprimé, respecté la dernière volonté d’une mourante, fortifié le respect dû à l’autorité et donné l’exemple d une sage administration. Tous les hommes de bien, qui aiment la religion, vous en loueront et les catholiques du diocèse de Bâle vous en béniront.