ADIEUX AU DIOCÈSE DE BALE
donnez jamais votre nom aux sectes ténébreuses qui ont pour but le bouleversement de la société et la ruine du christianisme.
Que ce Dieu que nous adorons tous ensemble, que Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, le prince des pasteurs, que la très sainte et immaculée Vierge Marie, que les saints patrons du diocèse de Bâle vous gardent dans la fidélité à l’Église catholique et qu’ils vous préservent de tout mal ! Qu’ils daignent me conduire moi-même par la main vers le troupeau qui m’est assigné! Puissent tous les chrétiens fidèles entrer un jour dans la splendeur des Saints, afin que réunis tous ensemble, pasteurs et brebis, nous publiions à jamais les miséricordes du Seigneur, à qui seul appartient l’honneur et la gloire aux siècles des siècles! Ainsi soit-il !
Lucerne, le 27 mars 1885.
f EUGÈNE, Archevêque de Damiette, Ancien évêque de Bùle.
Dans l’intervalle qui s’écoula entre cet adieu et le jour du départ pour le Tessin, eurent lien les manifestations les plus touchantes. Une multitude d’adresses, de souvenirs, de témoignages d’une affection inaltérable de la part du clergé, des sociétés catholiques, des dames de charité, des maisons religieuses, des associations pieuses de toute espèce ne cessa d’affluer. Nous devons citer en particulier le bel écrin contenant des adresses du clergé de tous les décanats du diocèse, avec vignettes et décorations artistiques ; puis l’adresse éloquente, lue au nom du clergé par M. le chanoine Eggenschwyler, curé de la cathédrale deSoleure; puis, l’offrande par le clergé d’une crosse épiscopale, du plus beau travail; puis, la lettre sympathique de MM. les députés du Jura bernois, les adieux des prêtres jurassiens, du chapitre de Lucerne, des catholiques de Soleure et de Bâle. On voit couler les larmes de tous les yeux, et on sent qu’elles viennent de cœurs dévoués, meurtris, mais résignés. Le plus désolé sans contredit était celui qui n’a point été nommé dans cette histoire, mais qui a pris à tous les événements une part active, et qu'une fidélité inébranlable attache, depuis vingt-cinq ans, à la personne de Mgr Lâchât. 1
La veille du départ de Lucerne, le 30 juillet 1885, l’une des hautes notabilités du Tessin adressait au prélat la lettre suivante qui clôt cette courte biographie:
Excellence Kévérendjssime !
„ Encore quelques heures et vous serez au milieu de ceux qui vous désirent si ardemment. Mon cœur est rempli d’un joie telle que je n’en ai point ressentie de pareille dans ma vie. Venez donc, o père très aimé, venez. Que les Anges de Dieu vous accompagnent ! Elle est difficile sans doute la mission que le Saint-Père vous impose auprès de nous, mais je l’espère, le clergé et le peuple du Tessin feront leur possible pour y mêler des fleurs et des consolations."
Le surlendemain, 1 août 1885, Mgr Lâchât faisait son entrée à Bellinzona.
M. Joseph Heisch, de Lucerne.
Mort de Mgr Lâchât
ous croyons encore devoir remplir un devoir en parlant des derniers actes et de la mort de l'illustre archevêque de Damiette. Quinze mois après son entrée véritablement triomphale dans le Tessin, Mgr Lâchât, qui avait donné à l'antique siège de Bâle un lustre nouveau et une gloire immortelle, succombait dans sa résidence épiscopale à Balerna. L’ancien évêque de Bâle, dès son arrivée dans son nouveau diocèse, s’était appliqué à connaître le pays et à étudier les difficultés de la situation. Elles ne venaient certainement pas du gouvernement du Tessin qui avait tendu une main amie et chevaleresque au grand défenseur de la liberté religieuse et qui lui montra constamment une vénération profonde, une piété filiale. Mais elles sortaient d’un état de choses qui s’était prolongé pendant quarante ans, où l’autorité ecclésiastique étant reléguée par-delà la frontière, ne pouvait qu’imparfaitement remédier aux abus. Mgr Lâchât travailla donc, dès les premiers mois, de concert avec le gouvernement Tessinois, à une révision de la loi civile-ecclésiastique, et à l’affranchissement d’anciennes entraves qui limitaient l’action du clergé. En même temps, il établissait son séminaire Saint-Charles à Lugano, visitait les paroisses où sa présence semblait devoir opérer quelque bien immédiat, et cherchait à se faire connaître par ses nouveaux diocésains et à les connaître. Il s’occupait des collèges de Polleggio et d’Ascona et cherchait à en améliorer la tenue. Les maisons religieuses avaient beaucoup souffert, il y prépara de nouvelles professions et assura à chacune d’elles son appui et sa protection. Dès le mois de septembre, il faisait fonder par les sœurs d’Ingenbohl, à Locarno, l’orphelinat Saint-Eugène, où il rassemblait de suite au-delà de soixante enfants. Il donnait de grandes preuves de sympathie au Piusverein cantonal, à l’Association des Étudiants suisses et à toutes les œuvres religieuses et patriotiques, fl s’intéressait au bien-être de ses fermiers de Pontegano qui sont traditionnellement attachés au domaine épiscopal de Balerna; il les visitait souvent et leur apportait ses conseils et ses consolations. Enfin il était résolu, après son installation à Lugano, d’établir dans une partie du château de Balerna un institut de sourds-muets.
Après avoir présidé, sur la fin d’août, la conférence annuelle des évêques, au collège de Schwyz, Mgr Lâchât alla célébrer la grande solennité de la Nativité de la Sainte- Vierge à Carona, et y consacra l’église; le 19, il prêcha dans l’église de Balerna à l’occasion de la fête fédérale, et le 30 il publia son Mandement, qui proclame S. Charles Borromée patron du Tessin. — Au commencement d’octobre, il entreprit de visiter la vallée de la Maggia, il y prêcha, distribua le sacrement de confirmation, consacra des églises. Malgré l’épuisement de ses forces et la rigueur de la saison, Monseigneur refusa de suspendre son travail apostolique; il prit froid, se sentit mal, mais voulut continuer sa visite pastorale jusqu’au bout: moissonneur brisé par la fatigue et par le poids de la moisson, il tomba sur la gerbe que sa faucille venait de cueillir.
Le vénérable prélat rentra malade à Balerna le 15 octobre, les médecins furent aussitôt appelés et constatèrent que le refroidissement auquel Monseigneur n’avait pas pris garde, avait dégénéré en une congestion de l’épine dorsale avec paralysie du côté droit. L’illustre malade reconnut le danger et lit appeler son confesseur pour se préparer à mourir. Malgré son état, il continua de son lit de douleurs à s’occuper de son cher troupeau et voulut lui adresser encore une fois sa parole par une lettre pastorale qu’il préparait pour le jubilé sacerdotal de Sa Sainteté le Pape Léon XIII.