CHAPITRE X
de Hombourg et Théoderic de Rôteln. Le couvent devait avoir juridiction pleine et entière sur tout le territoire lui appartenant sur le ban de la ville et depuis le mur de la cité jusqu’au pont de la Byrse ; l’évêque ne se réserva que le jugement du sang. Il voulait que les moines dégagés de tout soin et de tout bruit du monde, pussent vaquer en liberté au service de Dieu seul. Parmi les témoins de la fondation de S. Alban, nous remarquons après Bourcard d’Asuel, son frère Conon, évêque de Lausanne, qui fonda l’abbaye de S. Jean de Cerlier, achevée, après sa mort, par l’évêque de Bâle (1103), 1 le prévôt et les chanoines de la cathédrale, l’avoué Rodolphe, le comte Herman et d’autres illustres personnages. 2
Les bénédictins de Moutier occupèrent d’abord le monastère de S. Alban; mais l’évêque de Bâle voulut assurer la prospérité et la perpétuité de la maison, en la mettant sous la juridiction de l’abbé de Cluny qui était alors S. Hugues, de célèbre mémoire. S. Hugues, sur la prière du comte de Montbéliard, Louis IV, était venu à Altkirch où il avait établi un couvent de son ordre ; le prieuré de Froide-Fontaine, près de Delle, l’église d’ Altkirch, fondée en l’honneur de S. Christophe avaient été donnés à la même époque au monastère de Cluny (1105). L’évêque de Bâle avait encouragé ces donations, il était depuis longtemps en relations amicales avec S. Hugues, 3 il lui donna son monastère de S. Alban poulie régir et l’ordonner selon les règles de Cluny, à cette condition toutefois que les mérites et les prières de tout l’ordre de Cluny lui seraient appliqués pour le salut éternel, à lui, à tous ses successeurs et prédécesseurs et à toute la famille de la Bienheureuse Vierge Marie (c’est ainsi cpie l’évêque appelait le chapitre de sa cathédrale). 4 Le clergé et le peuple de Bâle, consultés à ce sujet, y avaient consenti avec empressement. Bourcard d’Asuel fit dresser la charte de donation pour servir de témoignage perpétuel à l’Eglise de Cluny et à l’Église de Bâle, afin que personne n’eût l’audace de renverser ce qui avait été ordonné pour le culte divin par la disposition d’hommes catholiques. L’évêque termine ainsi ce précieux document qui atteste si hautement son retour entier à l’orthodoxie de la foi et des œuvres chrétiennes: „Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, poussé par l’esprit du mal, essayait de briser cette charte de notre confirmation ou de molester ou de persécuter les frères de Cluny qui servent Dieu dans ce monastère, il encourra la colère de Dieu et de Ste Marie, dont je suis le serviteur dévoué, et de S. Alban martyr, mon patron spécial." L’acte fut dressé à Bâle, ,,1’an de l’Incarnation du Seigneur 1105, le lundi de Pâques sous le règne de Henri IV, empereur des Romains, et de son fils, le roi Henri V, la 33e année de l’ordination de Bourcard, évêque de Bâle, qui a donné cette charte, et la 57e année de l’ordination de Hugues, abbé de Cluny, qui l’a reçue.5"
Nous avons voulu citer en entier ce document authentique pour faire connaître les sentiments très chrétiens qui animaient alors l’évêque de Bâle et qui attestent sa conversion et sa pénitence. Le monastère de S. Alban. fut pour le vieux prélat le monument de son repentir. I l multiplia en faveur de cette maison, qui lui était
1 Trouillat, 1. 1, p. 213. = 2 Ch. Urstisii, Codex diplom. Brucknerianus p. 47 à la bibliothèque de
Bâle. = 3 „. . . antiquam cum Domino Hugone Gluniacensis ecclesie abbate retinens familiaritatem et
amicitiam.11 Codex diplom. Eccl. Basil, p. 27. = 4 „. . . ut mérita et orationes universe Gluniacensis
ecclesie mihi, omnibusque meis tam prædecessoribns quam successoribus, omnique familie beate Marie
opitulentur in salutem eternam." Ibid. = 5 Codex diplom. Eccl. Basil, p. 27.
CONVERSION DE BOURCARD D’ASUEL
si chère, les marques de son dévouement . Sur sa demande et d’après son conseil, 1 Adalbert II, comte de Frobourg, donna à Saint- Alban le village d’Appenwihr (canton de Neuf-Brisach, Alsace) avec son église et ses dépendances (1096). La même année Hupolde de Buschwiller (Haut-Rhin) lit don au monastère de Saint- Alban de tontes ses propriétés au dit lieu, dans le cas où il mourrait sans héritier direct. 2 A la même époque (1098) le vidôme de Bâle, Hupolde, cédant également aux prières de Bourcard d’Asuel, donna à Saint- Alban toutes ses possessions à Rheinweiler, l'église d’Hâgendorf (canton de Soleure) avec ses dépendances; enfin, toujours sur les mêmes instances de l’évêque Bourcard, 3 Udalric, comte de Sogren, octroya aussi au monastère un domaine situé à Kemps (en Alsace) avec la moitié de l’église de ce lieu (1 102). 4
Saint- Alban fondé et doté sous d’aussi heureux auspices, appartenant à l’ordre si florissant de Cluny, sous la direction de S. Hugues, sous la protection de l’évêque
Altkirch.
de Bàle, fut dès lors une des maisons les plus célèbres de S. Benoît. Le pape Paschal II reconnut et confirma à l’abbaye de Cluny, le monastère de Saint- Alban de Bàle et celui d’ Altkirch, par des bulles de 1107 et de 1109. 5
Nous touchons au terme de l’épiscopat de Bourcard d’Asuel; nous croyons que, reconnaissant ses erreurs passées, il fit à Dieu un retour sincère et entier. Dans les dernières années de sa vie il n’eut avec Henri IV que de rares relations et sa signature, comme témoin, ne figure que dans des actes de réparation ou de donation accomplis par l’empereur aux jours de ses derniers désastres. En 1086 (12 janvier), l’évêque de Bàle est à Spire témoin et médiateur de la donation faite à l'église de cette ville par l’empereur de la prévôté de Naumbourg;6 il esl à Mayence en 1099 (9 novembre) témoin de la confirmation faite par Henri IV d’un échange de localités entre les évêques de Spire et de Worms. 7 En 1 100
1 „Consilio et impetratione Burkardi hujus sedis episcopi.“ Ch. Urst. codex dipl. Brueknerianus,
P- 47. == 2 Ibid. p. 48. = 3 Ibid. p. 49. = 4 Ibid. p. 49. = 5 Bibliotheca Cluniacensis, col. 538. • — Bulla-
rium romanum, t. II. p. 135. = 6 Dümgé, Regesta Badensia, p. 23. = 7 Ibid. p. 24.