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CHAPITRE XI

de plusieurs auteurs dignes de foi attestent que S. Bernard fut l’architecte de l’église et du monastère et qu’il assista de sa personne et travailla de ses mains aux premières constructions. 1 Le bâtiment était achevé l’année suivante et douze religieux de l’abbaye de Bellevaux (près Cirey-Haute-Saône) ayant à leur tête l’abbé Étienne, en prenaient possession. Le premier abbé de Lucelle avait fait profession à Cîteaux avec S. Bernard; il était son ami intime, et il avait propagé l’orclre de Cîteaux en Allemagne. On ne pouvait choisir un plus digne et un plus saint religieux pour la nouvelle abbaye. L’église fut consacrée solennellement, le 35 mars 1134, en la fête de l’Annonciation de la Ste Vierge et de l’Incarnation du Verbe par Berthold de Neuchâtel et dédiée à la Mère de Dieu, patronne de l’ordre de Cîteaux. L’archevêque de Besançon Anséric, l’évêque de Lausanne Gerold, le bienheureux Ponce, abbé de Bellevaux, beaucoup d’ecclésiastiques et d’illustres personnages assistèrent à cette belle cérémonie. 2 Berthold de Neuchâtel voulut assurer à son œuvre toutes les garanties possibles. En 1135, il alla trouver à Strasbourg l’empereur Henri V qui, à sa prière, prit le nouveau monastère sous sa haute protection et en confirma solennellement la fondation. Dans cette charte importante, datée du 8 janvier 1135, le souverain mentionne expressément ,,la munificence et la générosité du vénérable évêque Berthold et du chapitre de Baie, “ 3 il réserve aux religieux seuls, selon le règle de S. Benoit, l’élection de l’abbé du monastère et le choix d’un avoué. Parmi les témoins qui figurent dans ce diplôme impérial, nous remarquons l’archevêque de Besançon. Anséric, l’évêque de Strasbourg, Bruno, le frère de l’évêque de Bâle, Rodolphe de Neuchâtel, le comte de Ferrette, Frédéric Ier, etc. 4

Une autre affaire appelait surtout à Strasbourg Berthold de Neuchâtel. On se rappelle que l’empereur Conrad II avait donné en 1035 l’abbaye de Saint-Biaise à l’Église de Bâle ; mais en 1135, Henri V avait révoqué cette donation et l’abbaye avait recouvré sa liberté. L’évêque de Bâle avait protesté contre un acte qui lui paraissait attentatoire aux droits de son Église et il avait constitué et établi un certain Adelgoze, avoué de l’abbaye de Saint-Biaise. Cet avoué avait opprimé et vexé de mille manières les religieux. 5 L’abbé R.ostannus avait porté ses plaintes à l’empereur qui l’avait accueilli favorablement à Worms. L’évêque de Bâle Berthold, interrogé à ce sujet dans une assemblée où figuraient le cardinal évêque de Palestrina, les archevêques de Mayence, de Cologne, de Trêves, les évêques de Spire, de Strasbourg, etc. déclara qu’il n’était pas venu pour cela à Worms, que du reste les défenseurs de l’Église de Bâle n’étaient pas présents et qu’il n’avait pas sous la main les titres qui lui assuraient la possession de Saint-Biaise. Il demanda un délai pour se défendre et produire ses preuves: on le lui accorda et l’affaire fut remise à une autre époque, à Strasbourg. Au jour fixé, l’évêque de Bâle et l’abbé de Saint-Biaise se trouvèrent à Strasbourg avec leur suite, et le jour de Noël, de l’an 1134, les débats s’engagèrent en présence de l'empereur et d’une assemblée de princes et d’évêques: l’archevêque de Besançon, les évêques

1 „Præcipuus Domus Lucellensis sacer architectus extitit S. P. N. Bernardus Clarevallensis abbas,

quem Ecclesiæ et structuræ monasticæ ideam disposuisse et dum prima fundamenta jacerentur, præsentem

et cooperatum fuisse, vetustissima Lucellensis, atque etiarn nonnullorum authorum typis evulgatorum,

constans traditio commémorât." Epit. fast. Lucell. p. 13. = 2 Epit. fast. Lucell. p. 15. = 3 „ . . . Munifica

largitione venerabilis Bertulfi episcopi et Basiliensis capituli ..." Epit. fast. Lucell. p. 254. = 4 Trouillat, 1. 1. p. 240. = 5 „ ... de multiplici et miserabili injuria et oppressione ... a quodain Adelgoze ..." Hergott, geneal. diplom. Habsb., t.. IL p. 139.

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