‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 13 sur 496 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le règne du grand Théodose fut pour la Rauracie une ère de paix et de prospérité. Sous Honorius, le vandale Stilicon, qui était régent de l’empire, retira les troupes qui gardaient le Rhin, se reposant sur les pactes de paix conclus avec les Allemands et les Francs. C’était ouvrir la porte à l’invasion des barbares. Rientôt les Vandales, les Alains, les Suèves, les Allemands et les Rourguignons franchirent le Rhin, près de Mayence. Le 31 décembre 406, ils se répandirent comme un torrent dévastateur, sur les Gaules, 1 qu’ils ravagèrent jusqu’aux Pyrénées. Augusta Rauracorum, privée de toute défense, sans soldats, exposée aux premiers coups des barbares, devint la proie de ces multitudes armées. Elle fut dévastée, pillée, ruinée de fond en comble ; ses habitants passés au fil de l’épée ou réduits à l’esclavage ou à l’exil. La ville romaine ne put se relever de ce désastre ; à la place de cette cité splendide, qu’Ammien Marcellin avait visitée et admirée quelques années auparavant, il n’y eut plus qu'un bourg abrité par les ruines immenses de l’ancienne ville et défendu par un fort, fait des débris des remparts renversés par les barbares. Zosime nous apprend que le tyran Constantin, proclamé Auguste par les légions de la Grande Rretagne, et reconnu comme tel par les Gaules en 407, rétablit toutes les fortifications situées sur le Rhin, qui avaient été négbgées depuis le règne de Julien. 2 On pense que ce fut ce personnage qui construisit sur les ruines d’ Augusta et avec les débris de ses monuments la forteresse dont le nom remplace celui d 'Augusta. La Notice des Provinces, Notifia Provinciarum, dressée sous le règne d’Honorius, vers le même temps, ne mentionne plus parmi les villes des Gaules la célèbre Augusta Rauracorum. A sa place figure le Castrum Rauracense, le château des Rauraques, qui désigne le bourg et le fort élevé sur son territoire. 3 Quoique réduite et diminuée, l’ancienne ville existait encore, dans des proportions qui rappelaient la Raurica avant la colonisation romaine. Ce n’était plus une capitale, mais c’était encore une lieu habité. Cinquante ans après, en 451, Attila n’y laissa que des ruines, et le désert se fit où s’élevait Augusta Rauracorum. Ce fut la fin de la capitale des Rauraques. L’incendie, qui a laissé ses traces dans les débris enfouis aujourd’hui sous le sol,4 dévasta et ruina pour toujours cette belle cité, le premier siège et la ville épiscopale des évêques de la Rauracie.5 Dans cette destruction complète d ’ Augusta, périrent les monuments et les archives de l’Église des R.auraques. Les noms mêmes des évêques qui gouvernèrent le diocèse d 7 Augusta, disparurent au milieu de tant de ruines; et si les archives des églises de Cologne et de Sardique n’avaient pas gardé la signature de Justinien, évêque des Rauraques, nous ignorerions de même le nom de cet illustre pontife de l’Église de la Rauracie. Après un désastre aussi complet qui détruisit la ville et ses habitants, on ne doit pas s’étonner du silence que garde l’histoire sur les déstinées de l’Église rauracienne durant les trois premiers siècles de son existence. Un nom seul a échappé à cette destruction générale, celui de Justinien; il doit nous être d’autant plus cher, et sa mémoire plus vénérable aux héritiers de ses enseignements et de sa foi.

Les ruines d’ Augusta Rauracorum ont couvert pendant des siècles les bords du RJvin; le temps les a peu à peu enfouies et cachées sous le sol qui les couvre

1 Prosp. Aquil. Ghron., 1. 1. p. 298. — Oros., 1. XL. = 2 Zosim., I. VI. = 8 En 404, Eunopius parle d’un

simple „Castelhun njuid Rauracos". = 4 „Le terrain qu’Augusta Rauracorum occupa, quoique cultivé

pendant plusieurs siècles, est un mélange de cendres et de charbon. “ — Abeille de Jura, t. II. p. 80. =

s Prosp. chron. — Greg. Turon.. I. II. c. b. — Sid. Ap., 1. VII. ep. 12.

ÉVÊCHÉ DES RAURAQUES

de sa verdure et de ses moissons. Cependant de savants explorateurs ont fouillé cette terre, devenue le sépulcre d’une grande ville. Il en esl sorti des débris annonçant la splendeur, la beauté, l’architecture et l'art de ses vieux monuments. Nous avons cherché, dans ces reliques de l’ancienne Augusta quelques souvenirs des chrétiens d’alors. Longtemps les savants archéologues qui exploraient Augusta assurèrent que, dans les ruines découvertes, ils n’avaient trouvé aucune trace de christianisme. Aujourd’hui il n’en est plus ainsi. Plusieurs monuments chrétiens ont été trouvés à Augusta Rauracorum (Basel-Augst et Kaiser- Augst). Deux

Basel-Augst, sur l’ancienne Augusta Rauracorum en 1750.

Topographie der Eidgenossenschaft von David Herrliberger, Gerichtsherrn zu Maur. Base] MDCCLXV, t. I. p. 191.

pierres sépulcrales portent les signes certains de sépultures chrétiennes. Sur l'une, on voit une croix gravée profondément dans la pierre, à côté des deux caractères païens D. M.

D. M. f In hoc tvmolo Reqviiscit Bone memor IAI BAVDO . . . . LVS QVI VIXIT pl. m. ANNVS LV et ob. HT QVINTO DE cimo KL OCTOôrlS

„D. M. f. Dans ce tombeau repose Baudo ... de bonne mémoire qui vécut 55 ans et mourut le 15 des calendes d’octobre."

Le Blant (Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VIIIe siècle. Paris 1865, tome I. page 489 et 337) fait remonter ce monument au Ve siècle;

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