‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 12 sur 496 · CHAPITRE J · texte numérisé non relu

CHAPITRE J

paraître avec honneur au concile de Chalcédoine où il fut un des commissaires choisis pour dresser le symbole de foi contre Eutychés et Nestorius. Pourquoi Euphrate n’aurait-il pas trouvé le même accueil au concile de Sardique?

Un nouvel argument bien plus fort que tous ceux des historiens déjà cités, vient affirmer de nouveau l’authenticité du concile de Cologne et en même temps l’existence de Justinien, évêque d’Augusta Rauracorum. Le Dr. Hefelé, le savant évêque de Rottenburg, a découvert récemment les lettres paschales de S. Athanase qui fixent Te concile de Sardique, non pas à l’an 347, mais à l’année 343. Dès lors, on comprend qu'Euphrate a pu à cette époque mériter les suffrages de ses collègues de Sardique, et trois ans plus tard encourir les anathèmes du concile de Cologne. 1

Quant au concile de Cologne, après le P. de Ruck, le Dr. Friedrich, dans son Histoire ecclésiastique d’Allemagne (t. I. p. T 70 à 300) 2 en défend victorieusement T authenticité. Aussi, avec le savant chanoine Lutolf, 3 et avec Gelbke, auteur de l'Histoire ecclésiastique de la Suisse,4 on peut dire pour clore cette dissertation, qu’aujonrd’hui, dans l’état actuel de la science historique, il n’est plus permis de rayer de l’histoire de Cologne le concile de 346, ni du catalogue des évêques de Râle, le nom de l’évêque Justinien.5 *

Augusta était encore une ville florissante à la fin du IVe siècle, puisque Ammien Marcellin, qui écrivait en 384 ou 385, en signale la beauté et l’importance. G Jusqu’à Constantin, les frontières de l’empire romain, reculées jusqu’au Neckar et au Main, défendues par un vaste fossé, mirent toutes les rives du Rhin à l’abri des barbares. Ce fut pour Augusta une ère de paix et de prospérité. Sous Constantin, au IVe siècle, les troupes romaines furent repoussées jusqu’au Rhin, qui devint frontière de l’empire. Augusta devint alors probablement le quartier général de la légion minervienne. 7 Les Allemands, postés à l’aise sur la rive droite du Rhin où ils n’avaient plus à craindre les armes romaines, menacèrent la ville, qui pouvait seule s’opposer à leur passage. En 353, Constance apprit à Arles où il passait l’hiver, que les Allemands avaient franchi le Rhin et ravagaient les frontières de Gaule et la Rauracie. L’empereur partit d’Arles au commencement du printemps pour marcher contre les barbares. Ceux-ci, à cette nouvelle, repassèrent aussitôt le Rhin. Constance et son armée arrivèrent heureusement à Augusta Rauracorum, malgré les neiges et les glaces qui rendaient les chemins très difficiles. Constance essaya d’abord de jeter sur le Rhin un pont de bateaux; mais les Allemands criblaient, de la rive opposée, les travailleurs d’une grêle de traits qui rendit le travail impossible. Constance allait se retirer, lorsqu’un homme du pays s’offrit de lui montrer un gué très commode et très facile. Les barbares soupçonnèrent le projet de l’empereur et lui demandèrent la paix. Constance se hâta de la conclure et retourna en Italie.8

Cette paix fut de courte durée. Deux ans après, les barbares envahirent de nouveau les Gaules et ruinèrent plus de quarante villes limitrophes du Rhin. Julien

1 Voir Hefelé, histoire des conciles, t. I. p. 513 et sniv. — De Bock, acta Sanctorum, oct.. t. XI., p. 55. =

2 Le Dr. Friedrich s’exprime ainsi: „ Autant que nous avons réussi à démontrer l’authenticité du concile

de Cologne, d’autant plus sûr est Justinien comme évêque de Bàle.“ Et. dernièrement le même historien

en est venu à conclure, qu’on peut admettre que la succession des évêques de Bàle n’a pas subi d’interruption prolongée par les Allemands. = 2 Les apôtres de la Suisse, p. 232 et suiv. — 4 T. I. p. 287. =

5 Le Dr. Nolte a publié (Tübinger Quartalschrift 1869 p. 586) une nouvelle étude sur les actes du concile de

Cologne, qui mentionnent Justinianus Rauracorum. = 0 Ammien Marcellin mourut vers l’an 390 de J.-C.

Il dit (lib. XV. c. I I ) : „ Videmus et Rauracos. al iis potiores oppidis multis. “ = 7 Th. Mommsen. = 8 Ammien

Marcellin, I. XV. c. 8.

ÉVÊCHÉ DES RAURAQUES

fut envoyé par Constance pour s’opposer à ce torrent dévastateur qui s’étendait sur tout le cours du Rhin. Julien battit les troupes réunies de sept rois allemands près d’Argentoratum (Strasbourg).1

En même temps, Barbation, général d'infanterie romaine, fut envoyé par l’empereur dans la Rauracie avec une armée de 25,000 hommes, pour y observer les mouvements des Germains. Il jette un pont de bateaux sur le Rhin; les Allemands, campés au-dessus de lui, ruinent le pont à coups de troncs d’arbres ; Barbation prend aussitôt la fuite devant l’ennemi, qui le poursuit jusqu’au delà d'Augusta Rauracorum. Le général romain y perdit ses bagages et plusieurs soldats. 2

Les Allemands restèrent dans quelques parties de la Rauracie jusqu’à l’arrivée de Julien qui visita, en 360, les places frontières du Rhin et mit en état de défense celles qui en avaient besoin. Les Allemands repassèrent le Rhin à son approche et Julien, après avoir pourvu à la sûreté d’Augusta où il séjourna quelque temps, se rendit, par Besançon, à Vienne en Dauphiné où il prit ses quartiers d'hiver. 3

L'année suivante (361) les Allemands, sujets du roi Vadomaire, repassèrent le Rhin. Julien fit marcher contre eux deux légions commandées par le comte Libinon. Les soldats romains furent battus à Seckingen (Sanction). Julien ressentit vivement cet affront. Dissimulant de son côté, il envoya un de ses officiers, nommé Philagre, avec ordre d’attirer le roi allemand en deçà du Rhin. Vadomaire donna dans le piège et vint à Augusta Rauracorum manger chez le commandant des Romains. Philagre le fit prisonnier et l’envoya en Espagne. Julien passa le Rhin pendant la nuit, et surprit les Allemands qui se hâtèrent de conclure la paix. 4

Il y eut cinq ans environ de calme sur les bords du Rhin. Augusta Rauracorum restait la ville admirée vers ce temps par le narrateur de toutes ces invasions, Annnien Marcellin. Après la mort de Julien, les Allemands repassèrent le Rhin. Valentinien Ier les vainquit d'abord, mais, durant son absence, ils reprirent l’offensive et firent de nouveaux ravages sur les bords du Rhin, qui était gelé en 366 et qu’ils franchirent facilement. Jovin, général de la milice équestre, les défit entièrement.

Deux ans après (369), l'empereur Valentinien revint sur les bords du Rhin, et fit travailler, sans relâche, à la construction des châteaux et des tours le longdu fleuve, pour en défendre les bords contre de nouvelles invasions des barbares. 5 Ce fid en 374, que Valentinien fit élever près de Bâle une forteresse appelée Robin- d’où il signa le 10 juillet de cette année une loi qu’il envoya à Constant. 6 L empereur était dans ce château, lorsqu’il apprit l’irruption des Quades et des Sarmates dans la Pannonie. Il voulut aussitôt marcher au secours de cette province; mais il fut retenu dans la Rauracie par les remontrances de son conseil qui lui représenta que la saison était trop avancée. Ce ne fut qu’au printemps «le l'an 375 qu’il passa dans l’Illyrie où il trouva la mort.

Ce départ précipité de l’empereur, qui emmenait avec lui une partie de ses troupes, engagea les Allemands à faire irruption en Gaule; Gratien les battit à Argentuoria (Colmar) et 30,000 barbares restèrent sur le champ de bataille (377). 7

1 Epist. Jul. imp. ad S.P.Q. Atheniensem. = 2 Amm. Marcell., I. XVI. c. 11. = 3 Ibid. 1. XX. c. 10. =

Mbid. I. XXI. c. 4. = 5 Ibid. 1. XXVIII. c.± — Zosime. 1. IV. = G ,Data VI Id. Jul. Robore“. — God.

Théod. — Schœpflin croit avec raison que le fort Robur se dressait sur l’emplacement actuel de la

cathédrale. Râle n’était encore qu’un bourg à quelques pas de là. ( Als. ill., 1. 1. p. 181.) = 7 Amm.

Marcell.. 1. XXXI. c. 10.

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