CHAPITRE XII
Ortlieb se présenta avec l’avoué de son église, le comte Wernher de Hombourg, une grande partie de son clergé et du peuple de Bâle. Le chapitre de la cathédrale était représenté par le prévôt Rodolphe, le doyen Adelbert, et d’autres chanoines; le prévôt de Moutier-Grandval, le fondateur de Bellelay, Siginand, accompagnait aussi l’évêque de Bâle. Beaucoup de nobles de l’évêché, cités dans le diplôme impérial, assistaient aux débats de cette affaire. L'abbé de Saint-Biaise, Berthold, était aussi présent avec l’avoué de l’abbaye et ses religieux. Après mûre délibération, les parties acceptèrent l’arrangement qui leur fut proposé par l’empereur et les princes de sa cour. L'Eglise de Bâle consentit à renoncer à toute prétention sur l’abbaye de Saint-Biaise; en échange de cette concession, l’abbaye s'engageait à livrer à l’Église de Bâle les domaines de Laufon, entre Bâle et Delémont, Sierentz et Oltingen, dans le Sundgau, et Villnachern près de Brugg en Argovie. En présence de toute la cour, le duc Conrad, avoué de Saint-Biaise, du consentement de l’abbé et des religieux, remit légalement au comte Wernher, avoué de l’église de Bâle, et â l’évêque Ortlieb, les quatre domaines convenus, avec tous les droits dont jouissait l’abbaye de Saint-Biaise. Aussitôt l’avoué et l’évêque, en présence, et avec le consentement des clercs et des fidèles de Bâle renoncèrent â tous leurs droits sur l’abbaye, jurèrent de ne plus jamais molester à ce sujet les religieux de Saint-Biaise et remirent en même temps â l’empereur les titres et lettres qu’ils possédaient contre la liberté du monastère. Conrad III ratifia de sa suprême autorité cette transaction heureusement conclue; il défendit en même temps à l’évêque de Bâle de vendre ou d’aliéner les domaines de Sierentz et de Laufon. Une amende de 1 00 livres d’or très pur devait être la peine des violateurs de ces promesses. Les ducs de Souabe, de Zâbringen, de Lorraine, le marquis de Bade, les comtes de Habsbourg, de Ferrette, de Mousson, de Neuchâtel, de Wirtemberg, etc. figurent parmi les témoins de cette importante convention. L'acte porte la date du I 3 avril 1 141 : c’était le deuxième dimanche après Pâques. 1
L’évêché de Bâle avait gagné â cet arrangement quatre domaines d’une valeur bien supérieure à celle des droits cédés à Saint-Biaise. L’évêque qui avait mené à bonne fin cette affaire, s’occupa en même temps de faire rendre à la mense épiscopale les dîmes qui en avaient été détachées. Ses prédécesseurs en avaient vendu une partie, en avaient cédé une autre à titre de bénéfice; Ortlieb racheta et récupéra ces précieux revenus, qui avaient une grande valeur, puisque l’évêque de Bâle avait droit au quart des dîmes dans tout son diocèse. A sa prière, le pape Innocent II, par une bulle du 31 mars 1 142, interdit en vertu de son autorité apostolique, l’aliénation de ces dîmes, qui devaient être conservées avec soin et intégralement pour l’usage des évêques de Bâle. Jusque-là il avait été d’usage que ce quart de dîmes était perçu seulement de quatre ans en quatre ans; ce mode de faire était préjudiciable à l’église de Bâle. Le pape ordonna que cette perception en blé, vin et autres fruits se ferait désormais chaque année. 2
Poursuivant ses mesures conservatrices en faveur de sa chère Eglise de Bâle, Ortlieb obtint également du pape Eugène III qui succéda à Innocent II, une bulle datée du 15 mai I 146, (pii garantissait tous les droits et tous les liions de l’évêché. „I1 convient, dit le saint pape, qu’en vertu de notre charge apostolique, nous venions en aide, comme un père plein de sollicitude, à nos frères les évêques.
Codex diplom. eccl. Basil., p. 971) et 22\t. - 2 Ibid. p. I.