‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 136 sur 496 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Edesse avait été prise par Zenghi, émir de Mossoul. Les Sarrasins étaient maîtres d'Ascalon et menaçaient la ville sainte. La grandeur du péril réveilla de toutes parts l’ardeur chevaleresque qui, cinquante ans auparavant, au concile de Clermont, s’était traduite par le cri célèbre de Dieu le veuf. Eugène III chargea S. Bernard de prêcher une nouvelle croisade. L’illustre abbé de Clairvaux se fit entendre à Yézelai, le jour de Pâques 1 146. Le roi de France, Louis VII, prit le premier la croix; il fut suivi d’une foule immense qui s’engagea à faire partie de l’expédition.

S. Bernard alla lui-même prêcher la croisade en Allemagne, à Mayence, à Francfort où était l’empereur Conrad III. Herman, évêque de Constance, qui se trouvait alors auprès du roi, pria instamment S. Bernard de venir dans son diocèse. Le saint y consentit et se mit en route pour Constance. Ce fut alors qu'il fit au monastère de Lueelle sa troisième visite. La chronique de l’abbaye relate que le saint se retrouva avec bonheur dans cette maison, qu’il avait vue naître et qui comptait alors deux cents moines pleins de ferveur et menant, dans toute sa rigueur, la sainte vie de Liteaux. Trois nouveaux monastères, Salem, dans le diocèse de Constance, Pairis, en Alsace, et Aurora, au canton de Berne, venaient d’être fondés par Lueelle. 1

S. Bernard passa quelques jours dans cette sainte retraite, puis, accompagné de l’abbé de Salem, le bienheureux Frovinus, ancien moine de Lueelle, il parcourt, en prêchant la croisade, les villes et les bourgades du diocèse de Constance; l’évêque Herman prend la croix le premier. S. Bernard est à Kenzingen (grandduché de Bade) le 1er décembre 1 146,1e premier dimanche de l’avent; de là il passe à Fribourg où sa voix produit des merveilles ; il est à Bâle dans le courant de la première semaine de Lavent. Ortlieb lui fait l'accueil le plus empressé; S. Bernard lui persuade de prendre la croix et de l'accompagner auprès de l'empereur à Spire où une diète générale est convoquée. Le vendredi, 6 décembre, l’abbé de Clairvaux prêche au peuple de Bâle ; il distribue les croix à la foule, qui se presse autour de lui. Une femme muette s’approche du saint, il lui rend la parole; un boiteux à sa voix marche; la foule est dans l’admiration. Le lendemain samedi, 7 décembre, en présence de la multitude, un enfant aveugle recouvre la vue à la prière du saint; d’autres prodiges marquent encore cette mémorable journée. Bâle ne peut se rassasier de voir et d’entendre l’homme de Dieu. Le même jour, il se rend à Seckingen où il passe le dimanche, 8 décembre, opérant partout les mêmes prodiges; on en compte 36 ce jour là. Le mardi, il est à Schaffouse; la foule pressait si fort le saint abbé, qu’il dut s'abstenir de donner la bénédiction aux malades, et s’échapper au plus vite. Toutefois à l’entrée de l’église, une femme fut guérie et tout le peuple entonna un cantique d’actions de grâces. S. Bernard arriva à Constance le mercredi, 1 1 décembre, et y demeura le jeudi et le vendredi, 12 et 13; de là à Zurich où il rend la vue à une aveugle, la parole à une muette. A Frick, en Argovie, une femme qui boitait dépuis vingt ans, est complètement guérie à la voix de S. Bernard. A Rheinfelden (Argovie) le thaumaturge touche avec sa salive une jeune fille aveugle-née et lui rend la vue. Sur la route, une femme, contrefaite et ne pouvant lever la tête, est complètement redressée sur un signe de croix du saint abbé. Près de Bâle, un sourd est guéri. — A Bâle, S. Bernard trouva l’évêque Ortlieb qui le conduisit par Roufach à Strasbourg.

Epit. fast. Lucell.. p. UiS.

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