CHAPITRE XII
comme il convient à la munificence royale, récompenser largement ceux qui l’ont accompagné fidèlement dans cette expédition si dangereuse. Entre tous, le vénérable, très cher et très fidèle Ortlieb, évêque de Bâle, a couru toutes sortes de dangers, exposé même sa vie pour attester son dévouement au royaume et au roi; c’esl pourquoi l’empereur a voulu honorer et enrichir l’évêque de Bâle et son Église de quelques témoignages de son affection et de sa reconnaissance." Le diplôme royal dressé à Ratisbonne porte la date du 1er juin 1 149 ; l’archevêque de Saltzbourg, les évêques de Ratisbonne et de Bamberg figurent comme témoins dans cette donation importante. 1
Ortlieb revint à Bâle, portant, avec le témoignage de la munificence impériale, le trésor de saintes reliques qu’il avait obtenues en Terre Sainte. On vénérait alors à Beyrouth en Syrie le sang miraculeux qui avait coulé en 265 d’un crucifix mutilé par les juifs. Du temps de Constantin le Jeune, un chrétien de cette ville avait loué à un juif un appartement dans lequel il avait appendu à la muraille un christ de grandeur naturelle. Quelque temps après, il quitta cette maison, mais par mégarde il y laissa ce christ. Un juif le remplaça dans ce logement, mais il ne fit aucune attention à cette image de Jésus-Christ. Ce fut à l’occasion d’un repas qu’il donna à ses amis que le crucifix excita l’étonnement des convives, qui dénoncèrent ce fait aux princes des prêtres de la cité. Ceux-ci pénètrent dans la maison, constatent la présence du christ et s’en emparent aussitôt, pleins de rage. Ils le couvrent de crachats, l’accablent de soufflets insultants, percent de clous les pieds et les mains, approchent de la bouche du Crucifié une éponge pleine de vinaigre, frappent sa tête avec un roseau, puis ils percent son côté d’une lance. A ce moment, un ruisseau de sang et d’eau s’en échappe. Les juifs placent un vase sous le crucifix; il se remplit aussitôt. On le porte dans la synagogue pour faire l’essai de la puissance de ce sang extraordinaire. Plusieurs malades y sont introduits ; un vieillard paralysé depuis sa naissance est oint du sang miraculeux et aussitôt il quitte son grabat léger comme un cerf. Plusieurs aveugles recouvrent la vue de la même manière. D’autres malades sont guéris avec le sang du vase et retournent chez eux en glorifiant le nom de Jésus. Les miracles se multiplient, la foule accourt de toutes parts, et amène tous les malades de la ville. Paralytiques, boiteux, muets, aveugles, sourds, etc., tous sont guéris instantanément. La synagogue est trop petite pour les multitudes qui l’envahissent. A la vue de . ces prodiges, tous les juifs de Beyrouth se convertirent, en versant d’abondantes larmes. Ils allèrent trouver le métropolitain, se jetèrent à ses pieds et confessèrent leurs péchés. Après un récit circonstancié de ces merveilles, l’évêque fit transporter le crucifix miraculeux et le plaça dans l’église de la métropole. Le chrétien, premier possesseur de ce christ, raconta qu’il était l’œuvre de Nicodème qui à sa mort l’avait donné à Barnabe! . Gamaliel l’avait transmis à Jacques, Jacques à Siméon et à Zachée. Il était demeuré à Jérusalem jusqu’à la prise de la ville par les Romains. Quand les chrétiens quittèrent la cite déicide, ils emportèrent avec eux ce crucifix dans ce pays, où il est demeuré dans la famille qui l’avait reçu par héritage. Ce récit remplit de joie le
1 „ Intel1 quos venerabilem dilectissimum ac fidelissimum nostrum Orthliebum Basileensem episeopum, qui per diversa pericula, etiam usque ad desperationem vite, regno et nobis fideliter obsequendo astitit, tam eum quam ecclesiam cui presidet. specialis prerogativa gratie ac dilectionis nostre de cetero amplecti. manutenere, honorare et promovere dignum duximus. . . “ Codex dipl. eccl. Basil., p. 15.