CHAPITRE XII
du Seigneur MGGG sexagesimo primo (c’est à dire 1 149) il l’apporta avec grande dévotion à sa cathédrale et le fit enfermer dans une croix admirablement décorée. Il établit une fête solennelle, qui devait être fériée solennellement chaque année à pareil jour par tous les chrétiens habitant cette ville, à la louange et à la gloire de Dieu le Père tout puissant. 1
La réforme trouva la cathédrale de Bâle en possession de cette relique du sang miraculeux. Elle fut avec tout le trésor de l’église enfouie dans les caveaux du temple profané. En 1835, on mit au jour ce trésor, et les reliques de Bâle, dépouillées de leurs riches reliquaires, furent données au monastère de Mariastein. On voit aujourd’hui sur un des autels latéraux de l’église abbatiale, à côté d’autres précieuses reliques, deux petites fioles portant cette inscription: „De sanguine miraculoso D. N. J. G. — “ C’est le sang miraculeux, rapporté de Beyrouth par l’évêque Ortlieb en 1149.
L’année même de son retour de Terre-Sainte le vénérable prélat consacra à Sainte-Marie l’église et le cimetière d’Alspach, près de Kaysersberg (Haut Rhin). Les bénédictins de ce monastère avaient transféré leur résidence dans un lieu voisin, baigné par la Fecht, qui semblait prédestiné à être la. demeure des serviteurs de Dieu. Appelé par les religieux, Ortlieb s’était rendu à Alspacb, et en vertu de l’ autorité de son office, pour le service de Dieu et l'habitation de ses serviteurs, il avait consacré solennellement l’église et le cimetière et en présence d’une grande multitude des deux sexes, il avait pris sous sa protection le monastère, menaçant de châtiment ceux qui oseraient élever la main pour lui faire du mal, mais souhaitant au contraire à ceux qui témoigneraient affection et honneur à ce lieu saint, paix et joie au siècle présent et pour l’éternité, union aux citoyens célestes. 2
L’évêque de Bâle ne resta que quelques mois dans son diocèse; déjà au commencement de l'année 1 150, il est à Spire où l’empereur Conrad III tient sa cour. Il figure comme témoin, avec ses grands officiers, dans un diplôme impérial en faveur de l’abbaye de Gorvay: Interfuerunt Ortlevus, Basiliensis episcopus,
et sui ministerielles . 3
Ortlieb retrouva encore l’empereur à Constance, le 7 janvier, où il figure comme témoin dans l’acte par lequel Conrad III confirme la fondation de l’abbaye de Tiezelnheim. 4 Cinq jours après, l’empereur est à Constance où il signe eu présence de l’évêque de Bâle une charte en faveur de l’abbaye de Saint-Biaise 5 (12 janvier 1152). Ce fut la dernière fois qu’Ortlieb salua son protecteur et son impérial ami. Un mois à peine, après cette dernière visite, Conrad III mourut à Bamberg, le 15 février 1 152. Son neveu, Frédéric Barherousse fut élu empereur et couronné à Aix-la-Chapelle, le 9 mars 1152. L'évêque Ortlieb qui avait fait avec le nouveau souverain l’expédition de Terre Sainte, ne manqua pas d’assister à cette imposante cérémonie où il avait sa place parmi les princes de l’empire. Sa présence à Aix-la-Chapelle, le 9 mars, est attestée par une charte donnée le jour
1 „Venerabilis autem Pontifex Orthlebus Basilien. episcopus gratia divine pietatis motus, cummaximo labore, de preciosissimo thesauro ejusdem sanguinis sacratissimi tam miraculose effuso, partem impertivit,
ac ad ecclesiam suam predictam die tredecimo ICalendas Julii anno Dni MGGG sexagesimo primo, cum
magna devotione pervenit ; crucique miro modo decoratæ includi procuravit. Festumque soienne eodem
die cum feria celebrari perpétué omnibus christianis ibidem existentibus, adlaudem et gloriam Dei Patris
omnipotentis instituit. Brev. Basil, pars æstiv. ad 19 Junii. = 2 Trouillat, t. II. p. 709. Acte transmis à M. Trouillat par M. Pfeiffer, conservateur de la bibliothèque royale à Stuttgard. God. biblioth. Stuttg., fol. N° 71. = 3 Liinig, Spicileg. eccles., t. III. p. 93. = 4 God. dipl. Hist. Silv. Nig., p. SO. = 5 Diimgé, Regesta Badensia, p. 45.