DEFECTION ET EXCOMMUNICATION D’ORTLIEB DE FROBOURG
son pouvoir, leurs moyens d’existence et les leur conserver par la force de l’autorité divine dont il est revêtu. C’est pourquoi il avait accueilli favorablement les prières de l’abbé Christianus et il confirmait au monastère toutes les propriétés qui lui étaient advenues depuis sa fondation. 1
Non content d’assurer à l’abbaye de Lucelle sa protection, Ortlieb voulut lui gagner un protecteur plus puissant et plus redouté, l’empereur. En 1155, l’évêque # Bâle était du cortège de Frédéric Ier, qui se fit couronner à Rome par le pape Adrien IV (18 juin 1155). Près de Trente, l’empereur délivra un diplôme en faveur de l’église de Liège dans lequel Ortlieb figure comme témoin (7 septembre 11 55). 2
Quelques mois après, l’évêque de Bâle paraît de nouveau à la cour qui réside à Wurtzbourg ; 3 il sollicite de la faveur impériale pour Lucelle une charte de confirmation, qui est délivrée dans toutes les formes à Francfort par la chancellerie de l'empire, le 21 février 1156. Lui-même donne et confirme à l’abbaye la part de la dîme que l'Église de Bâle avait le droit de percevoir sur les biens de Lucelle sis dans l’évêché, de même que les dîmes affectées aux prêtres, dès que ceux-ci viendraient à mourir ou à émigrer (1156). 4 La même année, l’évêque de Bàle figure encore comme témoin dans la charte de confirmation de l’abbaye de Neubourg en Alsace donnée par l’empereur Frédéric. 5
Les relations multipliées d’Ortlieb de Frobourg avec Barberousse devaient l’ entraîner dans la voie malheureuse où l’empereur s’engageait et qui allait aboutir à une révolte ouverte contre le saint siège. En novembre 1 158, Frédéric convoque une diète dans la plaine de Roncalie entre Crémone et Plaisance. L’évêque de Bàle y assiste avec ceux de Coire, de Constance, de Strasbourg, etc. On y porta plusieurs lois pour rétablir la paix et la sécurité publique. 6
L’année suivante, (1er septembre 1 159) le pape Adrien IV était mort et les cardinaux, réunis à Rome, lui avaient donné pour successeur Alexandre III. Un antipape, élu par trois cardinaux dissidents, sous le nom de Victor, fut opposé au pape légitime. Frédéric Barberousse se déclara ouvertement pour le pontife intrus. Il ordonna aux évêques de ses États, c’est à dire aux Italiens et aux Allemands, de se réunir à Pavie comme pour discuter et examiner quel parti était le meilleur, mais dans la réalité pour écraser le parti d’Alexandre, approuver l’autre et célébrer prématurément la victoire du soi-disant Victor. Il manda également les parties pour recevoir le décret du concile. 7 La convocation impériale, datée du 23 octobre, fixait la réunion à Pavie sur l’octave de l’Épiphanie de l'an 1160. L’assemblée n’eut lieu que le 2 février. Il s’y trouva cinquante évêques, parmi lesquels le biographe de Frédéric signale l’évêque de Bàle qui représentait en même temps l’archevêque de Besançon. 8
Après sept jours de débats, le conciliabule se prononça contre le pape Alexandre III et reconnut l’antipape Victor (1 1 février 1 160) qui était présent. On l’appela à l’église; l’empereur le reçut à la porte, lui tint l’étrier comme il descendait
1 Trouillat, 1. 1. p. 320. = 2 . . . „ Testes . . . Ortleus Basiliensis episcopus . . . “ Lünig, Spicil. eccl.,
t. II. p. 501. = 3 Dans l’acte impérial daté de Wurtzbourg, confirmant les possessions des abbayes de
Cherlieu et d’ Acey, figure comme témoins l’archevêque de Besançon et Ordiebus, évêque de Bàle. Béatrice
de Clialons, 88. — 4 Cartulaire de Lucelle, p. 226. = 5 Guillim. de Episcopis Argentin., p. 234. =
6 Radevici, de Rebus gestis Friderici I, lib. II. — Rousset, Supplément au corps diplomatique du droit
des gens, t. II. p. 43. — r Hisce comitiis interfuerunt ex Germania; episcopi . . . Basiliensis . . . “ =
7 Wilhelm Neubrig, 1. II. c. 9. apud Pagi an. 1159. N° 10. = 8 Radevici, 1. II. c. 64 et 70.