HENRI DE HORBOURG, ÉVÊQUE DE BALE
avait résigné entre les mains de l’évêque de Bâle le droit de fondation de l’église de Glovelier: l’évêque en fit don „à l’église du bienheureux Ursanne et aux frères attachés à son service “ . 1
Mais, en même temps qu’il favorisait cette église par ses pieuses libéralités, Henri de Horbourg se laissait circonvenir par de funestes conseillers et décrétait la spoliation du monastère de Saint-Alban, comblé jusque-là des dons des évêques de Bàle. Le repentir suivit de près cet acte coupable et bientôt le prélat reconnut sa faute et la répara largement. Il faut lire tout au long la charte qui exprime si énergiquement les sentiments et les regrets de notre évêque. Elle est datée de 1184. En voici l’exacte traduction:
„Au nom de la sainte et indivisible Trinité. Amen. Nous savons par renseignement des apôtres que nous ne devons pas cesser de faire le bien, car le temps de la moisson viendra. Nous devons donc veiller avec une grande sollicitude, à ce que l'on ne trouve pas seulement en nous la forme de la piété, mais encore les œuvres. Appliquons-nous sérieusement à plaire non aux hommes, mais à Dieu, selon la parole du prophète: Bienheureux l’homme qui a méprisé les vanités et les folies de la terre, et qui a tourné son esprit vers Dieu. Si donc nous soupirons après l’éternelle béatitude, si nous voulons être appelés fds de Dieu, aimons la paix et la vérité, faisons le bien à tous, mais surtout aux serviteurs de la foi. Par l’office que Dieu nous a confié, nous devons tenir la place du Seigneur dans l’Église, et craindre par-dessus tout de chercher plutôt notre propre gloire que la justice : ce qui sera l’objet du sévère jugement de Dieu. Quand on considère de près le nom et le devoir de l’évêque, on voit évidemment qu’il est chargé par le ciel de veiller au progrès de l’église que Dieu lui a confiée et qu’il doit être plus occupé du salut des âmes cpie de ses propres intérêts, ne souffrant pas comme un mercenaire que les brebis de Dieu soient dévorées par les loups.
„ C’est pourquoi, comme il est écrit: „ Celui qui persévérera dans les bonnes œuvres jusqu’à la fin sera sauvé," moi, Henri, par la grâce de Dieu, évêque de Bàle, je confesse que je ne dois pas seulement protection et défense, en vertu de la charité, à tous les chrétiens, mais à tous ceux qui me sont confiés en vertu de ma charge épiscopale, et surtout aux ecclésiastiques, clercs ou religieux, je dois réserver une sollicitude plus grande et une affection spirituelle particulière. Je veux donc faire savoir à tous les fidèles du Christ présents et futurs, que j’ai d’abord commencé, avec la grâce de Dieu, à faire ces actes de vertu; mais je me suis laissé séduire par certains familiers, destructeurs de la justice et de la charité, gens envieux qui, jour et nuit, et sans relâche, par leurs pernicieuses suggestions, par leurs trompeuses flatteries, m’ont soufflé le venin de leur méchanceté et ont tenté de me détourner du bien que je me proposais. Circonvenu sans cesse par leurs conseils pervers, je me suis écarté des voies de la justice et j’ai décrété d’enlever aux moines de Cluny, demeurant à Saint-Alban de Bâle, la paroisse de Biesheim que mes prédécesseurs les évêques de Bàle leur avaient octroyée. Mais le Saint-Esprit m’a divinement éclairé de sa grâce, j’ai réfléchi plus sagement à tout cela et j’ai détourné mon cœur de ce détestable projet. Plaçant à mainte reprise devant le regard de mon âme cette parole du prophète : Heureux l'homme qui n’a pas fréquenté l'assemblée des impies, j’ai renoncé à cette mauvaise entreprise et
. . . „ecclesie beati Ursicini et fratribus ibidem deseryientibus. . . “ Trouillat, t. III. p. 1.