CHAPITRE XIII
je n’ai pas voulu annuler les actes de mes prédécesseurs ; car je ne me crois pas une autorité au-dessus d’eux. C'est pourquoi, je décide au sujet de l'église de Saint- Alban, fondée par l’évêque Bourcard, de bienheureuse mémoire, que tous les biens dont elle a joui jusqu’à ces jours, paisiblement sous huit évêques, doivent lui demeurer tels pour l’avenir. “
Henri de Horbourg termine cette belle page où son âme paraît tout entière, par rénumération des biens de Saint-Alban. Ensuite, il signe le diplôme, y fait placer son sceau et inscrire les nombreux témoins qui l’entourent. Nous remarquons parmi les hommes d’église qui figurent dans l’acte: les abbés de Murbach, de Lucelle et de Munster, le prieur de Saint-Alban, le prévôt, le doyen, l’archidiacre, le custode, le cellerier du chapitre cathédral. 1
Henri de Horbourg fut fidèle aux nobles sentiments exprimés dans la charte que nous venons de citer. Tous les actes de son épiscopat qui nous sont demeurés, attestent les vertus, le zèle épiscopal et la générosité du vénérable prélat. Déjà nous l’avons vu, la première année de son épiscopat, favorisant l’église de Saint- Ursanne. De nouveau, en 1 1 84, il consent pour le bien de cette collégiale, que les chanoines vendent au monastère d’Alspach en Alsace, un corps de bien qu’ils possédaient à Sigolsheim et à Kientzheim. Dans l’acte dressé dans le cloître de Saint-Ursanne, — in claustro beati Ursicini, — l’évêque Henri prend le titre d’„ humble ministre de l'Église de Bàle“ — Basiliensis Ecclesie minister humilis. 2
Une bulle du pape Lucius III du 12 mars 1185, que Henri de Horbourg avait sans doute demandée, atteste également la sollicitude que l’évêque de Bâle portait aux intérêts de son église. Le quart des dîmes appartenant à la mense épiscopale, avait été vendu ou engagé par les prédécesseurs d’Ortlieb de Frobourg qui en avait fait le rachat. Pour assurer à l’évêché cet important revenu et empêcher qu’il ne fût de nouveau aliéné, le pape Lucius III défendit, par une bulle solennelle, aux successeurs de son vénérable frère Henri, évêque de Bâle, toute aliénation de la dîme épiscopale. En même temps, le saint siège condamna la détestable coutume de ne percevoir les dîmes que tous les quatre ans; la perception devait se faire exactement chaque année. 3
A la même date (13 mars 1185) Lucius III remédia à un abus qui s’était introduit dans le chapitre de la cathédrale. Non contents d’avoir chacun sa maison dans le cloître, quelques chanoines s’en étaient adjugé plusieurs; ce qui empêchait plusieurs membres du chapitre d’avoir la demeure qui leur était due. D'autres chanoines se permettaient de vendre à leurs confrères les bénéfices claustraux annexés à leurs prébendes, selon leur caprice, ce qui constituait un véritable acte de simonie. Le pape, à la nouvelle de ce désordre, ordonna à l’évêque de Bâle d’enjoindre aux chanoines de la cathédrale sous peine de suspense, de se contenter chacun d’une maison canoniale et de ne pas vendre leurs bénéfices claustraux.4
Un autre désordre avait lieu à l’élection des chanoines. Faute d’entente dans le choix du nouveau chanoine, le chapitre ne parvenait pas à repourvoir au siège vacant, qui demeurait fort longtemps sans titulaire. Pour remédier à ce mal, le pape, par une bulle de la même année, autorisa l’évêque de Bâle à repourvoir
1 Schœpflin, Als. dipl., p. 280. — 2 Cocl. Bibliothecæ publ. reg. Stuttgard. bibl. fol. N° 71. fol. 120a.
Acte communiqué à M. Trouillat par Ch. Pfeiffer, conservateur de Ta bibliothèque royale à Stuttgard. =
3 Codex dipl. eccl. Basil., fol. 41. = 4 „Datum Verone.“ Trouillat, t. I. p. 397. La bulle est conservée
aux archives de l’ancien évêché de Bâle.
L’EVÈQUE DE BALE FAIT PARTIE DE LA IIIe CROISADE
lui-même, avec le conseil du prévôt et de la plus saine partie du chapitre, aux canonicats vacants, lorsqu’on n’aurait pas fait l’élection canonique dans le temps fixé par le concile de Latran. 1
Un incendie qui dévasta la cathédrale de Bâle le 25 octobre de cette année 1185, fut, avec les menaces du saint siège, un avertissement sévère qui dut rappeler les chanoines infidèles au devoir sacré de leur charge. Le chroniqueur qui relate en quelques mots ce désastre, ne donne aucun détail sur la cause et sur les ravages de cet incendie. Il se contente de dire avec un laconisme bien regrettable: „L’an de l’incarnation du Seigneur 1185, le VIII des calendes de novembre, l’église de Bâle brûla. “ 2
Trois mois auparavant, la cathédrale de Bâle, dans toute sa splendeur, avait reçu le roi des Romains, Henri VI, fils de l’empereur Frédéric Barberousse. Le
Le pape Lucius III,
d'après un portrait-médaillon dans la basilique de «S. Paul hors les murs» à Rome.
prince était venu à Bâle recevoir de l’évêque Henri de Horbourg, à titre de fief, la moitié de Vieux-Brisach et la moitié de Eckartsberg qui appartenaient à l’évêché de Bâle; l’autre moitié restait propriété de l’évêque et le tout devait être possédé par indivis par le roi et le prélat, dont le consentement mutuel était requis pour toute dérogation à l’accord solennel dressé à cet effet. L’acte royal signé et scellé devant un nombreux auditoire et une cour de comtes et de marquis, fut placé pour plus de sûreté dans le maître-autel de la cathédrale. 3 Le roi dans cette charte, appelle Henri de Horbourg „notre cher Prince Henri, évêque de Bâle" - „dilectus Princeps noster Heinricus Basiliensis episcopus". En donnant en fief au roi des Romains, au futur empereur, un vaste domaine appartenant à son église, l'évêque de Bâle s’assurait un puissant protecteur et un défenseur dévoué ; c’était une intelligente et fructueuse politique.
1 Codex dipl. eccl. Basil., fol. 10. = 2 „Anno dominice incarnationis 1185, VIII Kal. novemb. Basili-
ensis ecclesia conflagravit.“ Pertz, Monum. Germ. hist., I. 56. = 3 „Verum attenticum reconditum est in
altari majoris ecclesie Basiliensis. “ Codex dipl. eccl. Bas., fol. 53 et 84.