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CHAPITRE XIV

la justice, les agrandir et venir en aide à leur indigence, dans la mesure de leurs besoins et de nos ressources ..." 1 — Entre toutes ces églises, il distingue celle de Saint- Alban qui a été l’objet des faveurs des évêques de Bâle, ses prédécesseurs. C’est pourquoi il confirme solennellement les possessions et les privilèges de ce monastère, dont le prévôt est son fils très aimé dans le Christ. 2 En outre, il assure au même couvent la possession de la chapelle de Huningue. 3

Vers le même temps, un débat s’éleva entre l’évêque de Bâle et l’abbaye d’Einsiedeln. La seigneurie de Sierentz en Alsace avait été donnée à ce monastère vers 916 par l’évêque de Bâle Adalbéro. La paroisse de Hohenkirch, voisine de Sierentz, faisait partie de cette seigneurie et il était convenu entre l’évêque et l’abbé que le curé serait nommé alternativement par l’un et par l’autre. En 1 194, la cure étant vacante, Lutold de Rôtheln nomma le curé. L’abbé d’Einsiedeln, Ulric de Raperschwyl réclama et prétendit que c’était à son tour de faire cette nomination. Un accord conclu à Bâle, la même année, mit fin au débat. L’abbé consentit au choix de l’évêque et l’évêque reconnut qu’à la prochaine vacance de la cure, ce serait à l’abbé à nommer le curé de Hohenkirch (1194). 4 5

Des débats presque semblables eurent lieu à la même époque entre l’évêque de Bâle et l’abbaye de Murbach. Ce monastère devait prélever le quart de la dîme des églises dont il avait le droit de fondation. Mais l’évêque, se prévalant du droit canonique et d’un privilège spécial d’innocent II, réclamait cette part de dîme de ces églises, comme des autres situées dans le diocèse de Bâle. Murbach s’appuyait pour soutenir son droit sur une longue prescription et se reconnaissait devoir à l’évêque une cense annuelle de dix livres de Bâle. Après bien des débats et des pourparlers inutiles, la cause fut portée à Rome. Le pape Célestin III chargea l’abbé de Luxeuil, Olivier et Frédéric, prévôt de Saint-Thomas de Strasbourg, d’examiner cette affaire et de trancher le différend. Les commissaires apostoliques firent une enquête attentive, entendirent les parties, et enfin, grâce à la médiation de gens pacifiques et discrets, du consentement de tous, on adopta la transaction suivante: durant la vie du curé de Wattwiller Théoderic, l'église de Murbach devait payer à l’évêque de Bâle dix livres chaque année, comme elle l'avait fait jusque-là. Après la mort de ce curé, l’abbaye devait être exempte de cette charge; mais les revenus de l’église de Wattwiller restaient affectés à la mense épiscopale. C’est pourquoi l’évêque de Bâle devait en recevoir l’investiture temporelle de l’abbé de Murbach. Cet accord, conclu en 1194, ne fut soumis à la ratification du saint siège que sous le pontificat d’innocent III qui avait succédé en 1198 à Célestin III. Les commissaires apostoliques firent valoir auprès du souverain pontife l’état misérable où se trouvait l’église de Bâle autrefois si illustre, et en ce moment écrasée et ruinée par de nombreux tyrans. 0 Innocent III ratifia l’accord projeté le 12 juin 1201 : l’évêque de Bâle n’y consentit qu’en 1207, dans le synode de son Église. 6

Les troubles qui avaient agité et ruiné l’évêché, comme l’attestent les commissaires apostoliques, avaient surgi après la mort de l’empereur Henri VI

1 „Ego Lutoldus Dei gratia Basiliensis episcopus . . . “ Schœpflin, Als. dipl., t. I. p. 290. =

2 „ . . . Amantissime in Christo fili . . . “ Schœpflin, Als. dipl., t. I. p. 290. = 3 Wurdtwein, nova subsidia

diplom., t. X. p. 163. — 4 Trouillat, t. I. p. 439. Hohenkirch a disparu. 11 figure encore dans le

Liber marcarum de 1441 sous le nom de Honkilch, comme faisant partie du décanat inter colles. =

5 „ . . . Nobili aliquando Basiliensi ecclesie pio compatientes affectu, cpie nunc pre aliis ruinosa tyrannide

multorum opprimitur. . . “ Codex dipl. eccl. Basiliensis, fol. 56. — 6 Ibid. fol. 57 et 58.

LUTOLD DE RÔTHELN, EVEQUE DE BALE

(28 septembre 1 197). Trois compétiteurs au trône impérial, se rencontrèrent avec leurs partisans, nombreux et puissants de part et d’autre. Philippe de Souabe, cinquième fils de Frédéric Ier, avait réuni à Haguenau le 25 décembre 1197, un grand nombre de seigneurs et de princes de l’empire qui lui promirent leur appui. 1 Dans une assemblée tenue à Mulhouse, il fut élu roi des Domains et couronné à Mayence par l’archevêque de Tarentaise, dans l’octave de Pâques 1198. 2 Dans le même temps, Othon, duc de Saxe, recevait les suffrages de quelques princes à Cologne et était couronné à Aix-la-Chapelle, le jour de la Pentecôte de la même année. A ces deux concurrents couronnés, se joignait le fils d’Henri VI, Frédéric II qui avait été aussi proclamé roi en 1198 par l’archevêque de Mayence et le plus grand nombre des .princes d’Allemagne.

Une si éclatante discorde mit le feu dans tout l’empire. Un auteur contemporain, l'abbé Conrad d’Urspergen, en fait le plus triste tableau: „On ne

Le pape Célestin III,

d'après un portrait-médaillon dans la basilique de «S. Paul hors les murs» à Rome.

voyait de toutes parts que pillage, que rapines, que séditions, que brigandages, qu’incendies; les seigneurs et le peuple prenaient les armes . . . “ 3 L’évêque de Strasbourg et d’autres seigneurs prirent parti pour Othon, duc de Saxe. Philippe de Souabe se vengea en ravageant l’Alsace ; il mit au pillage toutes les terres de l'évêché de Strasbourg. Quand son armée eut quitté l’Alsace, l’évêque de Strasbourg et le comte de Dagsbourg se jetèrent à leur tour sur les pays qui soutenaient le parti du duc Philippe. L’évêque de Bâle, qui avait pris parti contre le duc Othon, eut à souffrir des partisans armés de ce prince et c’est sans doute à cette invasion ennemie dans l’évêché que les commissaires apostoliques font allusion dans leur supplique à Innocent III. 4 Le départ de Lutold de Rôtheln pour la Terre Sainte laissa le champ libre aux oppresseurs de l’évêché que l’abbé de Luxeuil signale, dans sa lettre au pape, en 1201, comme ruinant en ce moment

1 Clonradi Urspergensis Chronicon. 1197. Histoire d’Alsace par Laguille, 1. 1. p. 207. = 2 L’art de

vérifier les dates, p. 445. = 3 Ursperg. 1197. = 4 Voir Ann. Argent. Bôhmer, III. 95.

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