CHAPITRE XV
à la décision d’arbitres choisis dans le chapitre et de l’ancien gardien des frères mineurs de Bâle. Les droits des prêtres de la cathédrale furent reconnus, les moines de Saint-Alban condamnés à un silence perpétuel sur cette question. Cependant, en compensation des droits que ce couvent pouvait avoir, on lui adjugea à perpétuité l’église de Kembs. 1 L’affaire semblait terminée à l’amiable; mais Saint-Alban crut devoir la porter à l’abbé de Wettingen, puis au saint siège qui chargea le cardinal Ottobonus, évêque d’Ostie, d’entendre le prieur de Saint- Alban. Le chapitre de Bâle ne comparut pas en cour de Rome, et continua à enterrer dans le cimetière de son église des paroissiens que Saint-Alban réclamait pour siens. Le cardinal chargea l’abbé du Lac-de-Joux dans le diocèse de Lausanne de citer devant lui et d’entendre le procureur du grand chapitre, dans l’espace de deux mois et demi. Les chanoines se décidèrent alors à se faire représenter par maître Pierre d’Assise, en qualité de leur procureur. Les parties entendues, le cardinal, siégeant à Viterbe, donna droit aux moines de Saint-Alban, par sentence du 20 septembre 1258. Le chapitre ne se rendit pas et obtint du pape Alexandre IV des arbitres qui furent chargés de trancher la question. Rodolphe de Cursi, archevêque de Tarentaise, et maître Barthélemy de Reggio, évêque de Penestre, amiables compositeurs, décidèrent que Saint-Alban jouirait paisiblement de la paroisse qui lui était contestée, et que le chapitre devait cesser ses contestations. Cependant, en compensation du dommage dont les chanoines se plaignaient, les arbitres leur assignèrent le droit de patronage de l’église de Saint-Théodore dans le Petit-Bàle qui appartenait à Saint-Alban. Le jugement fut confirmé à Anagni le 15 mai 1259 par le cardinal de Sainte-Sabine, chargé de cette affaire par Alexandre IV. 2
Durant ces débats prolongés, l’évêque de Bcàle était occupé d’assurer la paix à son diocèse. L’empire était dans une ère d’agitation et de troubles. Frédéric, excommunié au concile général de Lyon, après de nombreux échecs, était mort à Fiorentino, dans la Pouille, le 13 décembre 1250. Son fils Conrad IV avait aussitôt pris le titre d’empereur, mais la mort l’avait surpris également dans la Pouille, le 21 mai 1254. Le comte de Hollande, Guillaume qui avait été élu roi des Romains en 1247, était mort aussi, à l’âge de 29 ans, le 28 janvier 1256. Après sa mort, les princes assemblés pour donner un chef à l’empire ne purent s’accorder sur le choix. Il y eut alors un interrègne qui se prolongea jusqu’en 1273. Dans ce long intervalle, l’Allemagne fut en proie aux guerres civiles, aux brigandages et à toutes les suites funestes de l’anarchie. 3 Dès 1254, puis les deux années suivantes, l’évêque de Bàle s’unit aux villes situées sur le Bhin, Mayence, Cologne, Worrns, Spire, Strasbourg et aux évêques de ces villes et à d’autres* seigneurs pour maintenir la paix et assurer la sécurité publique. Cette confédération devait avoir son effet depuis le jour de Ste Marguerite de l’an 1254 jusqu’en 1264. Plusieurs réunions des princes et des villes confédérées furent tenues à Worrns (octobre 1254 et 15 août 1255), à Mayence (29 juin 1254), à Strasbourg (29 septembre 1255), à Oppenheim devant Guillaume, roi des Romains (10 novembre 1255), à Cologne (6 janvier 1256), et encore à Mayence après la mort du roi Guillaume (1256). Bertholde de Ferrette et son frère Ulrich tinrent une place très honorable dans ces congrès pacifiques
1 Ch. Urstisii codex dipl, fol. 413. = 2 Cart. de S. Alban, fol. 21, 25.= 3 L’art de vérifier les dates, p. 447.