CHAPITRE XVI
Rodolphe, maître du château, le détruisit et dévasta le reste de leurs domaines. 1 „ L’évêque de Bâle irrité, continue le chroniqueur de Colmar, et pour se venger du comte Rodolphe, saccagea et détruisit le château de Hertenberg (entre Bâle et Rheinfelden) qui venait d’être construit et achevé. Ensuite l’évêque de Bâle s’empara de vive force du château de Rheinfelden qui paraissait imprenable et le réduisit sous son pouvoir."
Cette année, 1268, fut marquée par une grande sécheresse qui dura depuis le 24 février jusqu’au 10 juillet. La chaleur fut accablante et la crue du Rhin fut telle quelle détruisit tous les ponts. 2 A Bâle, il y eut contestation entre le couvent de Saint-Léonard et un habitant du nom de Pierre l’Usurier au sujet de la reconstruction d’un pont, l’official de Bâle décida que ce travail incombait au détenteur du moulin voisin, qui était alors Pierre l’Usurier. 3 En 1269, la guerre continua entre le comte et l’évêque. Rodolphe de Habsbourg, aidé des bourgeois de Colmar, s’empara du château de Reichenstein (derrière Riquewir) et prit les deux maîtres du château, nommés Giselin. De son côté, Henri de Neuchâtel accroit ses lieux de défense et de refuge. Il achète du comte Godefroi de Habsbourg, son parent, le château de Biederthal (canton de Ferrette) pour deux cent soixante marcs d’argent. 4 Au milieu de ces conflits, les bourgeois de Bâle et de Strasbourg se promettent protection mutuelle dans leurs voyages ou leurs séjours dans ces deux villes, depuis le 5 février 1269, jusqu’à la mi-carême de cette année. 5
En 1270, l’abbé de Saint-Gall s’unit avec Rodolphe de Habsbourg contre l’évêque de Bâle. Un vieux manuscrit de la bibliothèque de Bâle, cité par Hergott, raconte assez plaisamment le motif de la guerre entre ces deux prélats. L’abbé de Saint-Gall, Bertholde de Falkenstein ( 1244 à 1272) avait une grande réunion de nobles chevaliers pour le jour de la Pentecôte. Il envoya faire provision de vin en Alsace. Au retour, l’évêque de Bâle fit arrêter et enlever les tonneaux de l’abbé de Saint-Gall. Son parent, le sire de Rotheln protesta en disant à l’évêque: «Seigneur, laissez à l’abbé son vin, car il pourrait bien s’allier contre vous au seigneur de Habsbourg et lui amener deux cents hommes d'armes." L’évêque se soucia peu de ces paroles et garda le vin. A la Pentecôte (1er juin 1270), l’abbé de Saint-Gall reçut et traita neuf cents chevaliers auxquels i! raconta le sort de son vin d’Alsace. Rodolphe de Habsbourg profita de ses dispositions pour lui demander secours et appui contre l’évêque de Bâle: trois cents chevaliers offrent leurs services et suivent l’abbé qui se joint à Rodolphe et va camper avec lui de l’autre côté du pont de Seckingen. Aussitôt Henri de Neuchâtel, aidé des Bâlois qui formaient une troupe imposante, se porte de ce côté et y établit son camp. Le combat était imminent et tout se préparait à une bataille décisive; mais le porteétendard de l’abbé, Eberhart de Lupfen, parvint à faire entendre des paroles de paix. On entre en négociation, dans le couvent de Bucken, de l’ordre teutonique: Monsieur de Bâle débattit sa querelle avec Monsieur de Saint-Gall et chacun se retira chez soi sans coup férir. 6 Les annales de Colmar rapportent ce fait en deux lignes: „Le comte de Habsbourg et l’abbé de Saint-Gall ayant réuni une forte armée, vinrent à Seckingen, pour assiéger Bâle, durant trois jours, mais ils ne parvinrent à rien." 7
1 Chronique des dominicains de Colmar, p. 253. = 2 Ann. præd. Colm., p. 29. = 3 Cartulaire de
Saint-Léonard, fol. 8b. — 4 Ann. domin. Colmar., p. 30. = 5 Schœpflin, Als. dipl., 1. 1. p. 461. =
6 Hergott, geneal. dipl. Habsb., t. 11. p. 409. = 7 Ann. Colm., p. 31.