CHAPITRE XVI
„ Vers la fête de Ste Marguerite (20 juillet 1272), le comte Rodolphe s’étant mis à la tête de ses troupes, marcha sur Bâle, s’établit sur la colline de Binningen et commença le siège de la ville; il y demeura avec son armée pendant cinq jours. L’évêque n’osa point tenter de l’en chasser avec le secours des bourgeois, parce qu’il regarda comme ses ennemis les Bàlois qu’il avait jusqu’alors considérés comme ses amis. Alors le comte Rodolphe rassembla ses chevaliers et résolut d’assiéger Bàle par l’autre rive du R.hin et de montrer encore une fois la puissance de ses armes. 11 avait rassemblé plus de trois cents chevaliers dans le Brisgau et se disposait à passer de vive force le R.hin, mais beaucoup de chevaliers refusèrent de s’exposer au danger de ce passage. Le comte brava le péril et traversa le Rhin près de Bâle avec trois cents chevaliers, emportant avec lui son butin et atteignant le but qu’il s’était proposé. Les Bâlois se mirent à sa poursuite, mais sans pouvoir l’atteindre. 1 Dans le même temps, Rodolphe de Habsbourg dévasta la vallée de Munster qui était du domaine de l’évêque de Bàle.
„La veille de S. Laurent (9 août), dit l’annaliste de Colmar, le comte Rodolphe pilla le bourg de Klingen et faillit prendre le château. Il se rendit de là avec son armée devant Bâle dont les habitants n’osèrent pas s’opposer à lui." 2 Le jour de la S. Maurice (22 septembre) on fit une trêve jusqu’à® la fête de S. Gall (16 octobre) entre l’évêque de Bàle et le comte Rodolphe de Habsbourg et Henri, comte de Fribourg. 3
Dans l’intervalle, un grave événement s’accomplissait: l’interrègne qui durait depuis la mort de Conrad ÏY en 1 254, ou du moins après celle de Guillaume en 1256, se termina enfin par l’élection d’un empereur. Réunis dans une diète à Francfort, les électeurs de l’empire appelèrent à la dignité impériale, le 30 septembre 1273, le valeureux comte Rodolphe de Habsbourg, l’antagoniste perpétuel de l’évêque de Bàle.4 Voici comment les dominicains de Colmar, contemporains de ce glorieux événement racontent l’arri vée à Bâle du messager de la diète de Francfort . „En l'an du Seigneur 1273, il arriva à Bàle un individu, député parles électeurs, lequel annonçait qu’il apportait à tous un roi. S’étant rendu de Bàle auprès du comte Rndolphe, il lui dit: „Les électeurs vous font savoir que si vous consentez à donner vos filles en mariage à tels et tels seigneurs, ils vous éliront roi des Romains. " Le comte lui répondit : „ J’accomplirai ce désir ainsi que tous les autres. " Alors il fit voir à tout le monde les lettres d’élection et de confirmation. Les ayant lues, le roi dit aux siens: „ Faites la paix avec tout le monde et rendez à la liberté tous les prisonniers." A ces paroles, tous les seigneurs s’écrièrent: Vive le roi! puis, ils lui rendirent les hommages dus à la dignité royale." 5
La chronique dite d’Albert de Strasbourg nous fait connaître le député de la diète de Francfort ; c’était le burgrave de Nuremberg. Aussitôt arrivé à Bâle, il se rendit au milieu de la nuit à l'armée de Rodolphe, qui était toujours occupé du siège de la ville. A la nouvelle de son élection, le comte crut que le burgrave se moquait de lui et il se fâcha contre lui. Mais l’envoyé de Francfort lui raconta tout ce qui s’était passé. 6 Alors, dit l’historien de Rodolphe de Habsbourg, Godefroi de Ensmingen, le roi resta stupéfait de ce que Dieu, le créateur de toutes choses, avait daigné l’élever à un si grand honneur et au faite de la majesté royale . . . 7 II
1 Chronique de dominic. de Colmar, p. 258. = 2 Ann. præd. Colin., p. 38. = 3 Wurstisen. Basler
Ghronik, p. 133. = 4 L’art de vérifier les dates, p. 447. = 5 Ghron. des dominic. de Colmar, p. 260. =
0 Cbron. Albert. Argent. = 7 Apud Bôhmer. rer. german.. t. 11. p. 3.