CHAPITRE II
munauté comptant dans son sein et à la fois vingt hommes dont la vertu a mérité une place au calendrier ecclésiastique. 1
C’est à cette école que Ragnacaire avait été formé. On comprend que les peuples regardaient comme une grâce insigne d’avoir pour évêques des hommes de cette race et de cette valeur. Aussi les églises de Laon, de Verdun, de Noyon, de Besançon, de Bâle, de Térouanne reçurent presqu’en même temps des moines de Luxeuil qui vinrent s’asseoir sur leurs sièges épiscopaux, qu’ils illustrèrent par leurs vertus et leurs mérites. Tous ces pontifes nous apparaissent avec l’auréole de la sainteté: à Verdun, c’est S. Hermenfroy, mort en 621 ; à Laon, S. Cagnoald, en 632; à Noyon et à Tournai, S. Achaire en 639; à Térouanne, S. Orner, mort en 667 ; S.Monnnolin, évêque de Noyon, mort en 684; S.Bertin, abbé de Sithin, mort en 709 et S. Ehertram, abbé de S. Quentin (680).
L’histoire a relaté les actes et la vie de ces enfants de Luxeuil, devenus de grands évêques et des saints. Les archives de ces diocèses, illustrés par leurs vertus, ont livré des documents qui mettent en lumière ces belles figures formées à l’école de S. Colomban. Mabillon a recueilli ces vies et elles forment le trésor des églises qui gardent encore les reliques de ces saints évêques. Seul S. Ragnacaire a passé à Bâle, sans que les monuments et son épiscopat soient venus jusqu’à nous. C’est à désespérer l’historien qui se heurte sans cesse sur ces ruines silencieuses, amoncelées sur les bords du Rhin par les barbares sans cesse renaissants.
Nous n’avons qu’un texte, mais un texte certain, fixant la mémoire de S. Ragnacaire à Bâle. Jonas, moine à Bobio, contemporain de S. Colomban et de S. Eustaise, second abbé de Luxeuil, a écrit la vie de ces deux personnages. Son témoignage ne peut être mis en doute, puisqu’il vécut avec ces deux saints dont il relate les actes de visu. Mabillon dans les acta SS. ordinis S. Benedicti et Bouquet (recueil des historiens, t. III) ne mettent pas en doute l’authenticité des écrits du moine Jonas. C’est, dans la vie de S. Eustaise, successeur de S. Colomban à Luxeuil (mort en 625) qu’il est fait mention de notre évêque de Bâle. Nous citons ce texte si précieux pour l’Église de Bâle, puisqu’il lui assure un évêque qu’elle ne connaîtrait pas sans ce document.
„ . . . S. Eustaise, arrivé à Luxeuil, s’appliqua à donner des leçons à un grand nombre d’élèves. Plusieurs des ses disciples devinrent ensuite évêques; Chagnoald de l’église de Laon, Acharius de Noyon et de Tournai, Bagnacharius d'Augusta et de Bâle, Orner de Boulogne et de Térouanne."2
Le texte recueilli et cité par Mabillon attribue à Ragnacaire les sièges réunis d’Augusta et de Bâle — Augustanæ et Basileœ. Il était juste et convenable que l’évêque d’Augusta, résidant à Bâle, depuis la destruction de sa ville épiscopale, ait pris tout à la fois le titre de ces deux cités. On en trouve de nombreux exemples dans les actes de cette époque et dans les titres portés par les évêques de ce temps aux conciles où ils figurent.3
1 Voici les noms des saints qui vécurent ensemble à Luxeuil sous S. Colomban: Colomban jeune, Desle, Lua, Ga.ll, Ragnacaire, Achaire, Valéry, Waldolène, Sigisbert, Eustaise, Cagnoald, Hermenfroy,
Agile, Donat, At.tale, Léobard, Babolène, Ursanne, Waldalène et Colombin. — Vies des saints de Franche-Comté, t. 11. = 2 „ Perveniens (S. Eustasius) ad supradictum cœnobium (Luxovium), . . . fuitque ejus studii ut multos sua facundia erudiret. Nam multi eorum post ecclesiarum præsules extiterunt. =
3 Au 5e concile d’Orléans (549) S. Lô, évêque de Goutances, signe: episcopus Brioverensis ; Briovera était l’ancien castrum où résidèrent les premiers évêques. Au concile de Paris de 573. Tetradius. évêque de Garpentras, signe Episcopus Verdascensis. — Labbe Coll., donc.