‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 22 sur 496 · S. RAGNACAIRE, ÉVÊQUE DE BALE · texte numérisé non relu

S. RAGNACAIRE, ÉVÊQUE DE BALE

dans plusieurs régions, fut emporté avec la civilisation romaine. Il fallut de nouveaux apôtres à ces pays redevenus païens, ou du moins sauvages; les barbares devaient à leur tour entrer dans l’Église et combler les vides immenses faits par leur invasion. Ce fut l’œuvre des moines, qui apparaissent de toutes parts dans les Gaules et reprennent avec ardeur l’œuvre presque anéantie de leurs devanciers.

Devenue française, après la bataille de Tolbiac, la Rauracie était entrée, après la mort de Clovis (511), dans le royaume d’Austrasie, qui comprenait les pays situés entre la Meuse et le Rhin. Aux limites de l’Austrasie et de la Bourgogne, Luxeuil était une pépinière de saints et de missionnaires qui se répandaient dans les pays voisins et reprenaient patiemment, courageusement l’ évangélisation de contrées retombées dans la barbarie du paganisme. Le diocèse de Bâle avait souffert plus que d’autres de ces invasions qui franchissaient le Rhin, pour s’abattre sur ses rives et désoler les terres limitrophes du fleuve. U fallait à de tels désastres un homme de Dieu pour ressusciter à la foi chrétienne ces peuples si cruellement éprouvés. Tandis que S. Colomban, chassé de Luxeuil, portait sa parole d’apôtre sur les bords du lac de Zurich et fondait le célèbre monastère de Bregenz; tandis que S. Gall, laissant son maître poursuivre sa route vers l’Italie, fixait sa demeure aux lieux qui portent aujourd’hui son nom, tandis que S. Ursanne était conduit par l’Esprit de Dieu aux Biennois, qu’il évangélisait et cherchait une retraite dans les solitudes du Doubs, le monastère de Luxeuil s’ouvrait pour laisser un de ses religieux prendre la route de Bâle, veuve de son pasteur. L’histoire ne nous a pas laissé le nom de cet évêque défunt. Nous savons seulement qu’en 615 il avait assisté avec son clergé et son peuple à la consécration de Jean, disciple de S. Gall, comme évêque de Constance.1 Pour le remplacer sur le siège des Rauraques, le peuple avait voulu un évêque formé aux austères leçons des Colomban et des Eustaise. Le nouvel élu s’appelait Ragnacaire ou Ragnaire. Il était du nombre de ces jeunes gens de noble race qui étaient accourus à l’école de Luxeuil, où S. Colomban et S. Eustaise les formaient à la science et à la vertu.2 Epris de ses grands modèles, il n’avait pas voulu s’en séparer et il avait pris l’habit monastique. Luxeuil offrait alors le spectacle le plus ravissant. Il y avait là 600 moines ayant appartenu à toutes les conditions de la vie, renonçant au monde et à tous ses plaisirs pour embrasser la pénitence, macérant leurs corps par d’effrayantes austérités, consacrant à la prière la plus grande partie du jour et de la nuit; — pieux, chastes, sobres, modestes, détachés de tout, n’estimant, ne cherchant, ne goûtant que les choses de Dieu, et vivant, malgré la diversité de leurs caractères, dans la plus parfaite union. La ferveur était telle à Luxeuil, à cette époque de ses origines, que le service divin n’était interrompu ni le jour, ni la nuit; les religieux se succédaient par groupes pour chanter les louanges de Dieu. Luxeuil offrit alors l’exemple, peut être unique dans le monde, d’un com-

1 Voici le texte de la vie de S. Gall écrite vers 751 par un auteur inconnu dont lé manuscrit est

1 serve a la bibliothèque de S. Gall, sous le No 553. (p. 198): „Vocavitque Augustudensem presulem curn clero et populo. “ Mgr Greith, le savant évêque de Saint-hall, n’hésite pas à voir dans l’évêque venant a Constance avec son clergé et son peuple, l’évêque d’Augusta Rauracorum. Il en trouve la raison dans . proximité d Augusta ou de Bâle, ce qui permettait au clergé et aux fidèles d’accompagner leur évêque jusqu à Constance, tandis que si on voulait voir dans ce texte l’évêque d’Autun, il eût. été impossible, ' u la distance, qu il put se rendre au sacre de l’évêque de Constance avec le clergé et le peuple d'un diocèse aussi éloigné. = 2 Lyon, Autun. Langres, Ghàlons sur Marne, envoyaient leur jeunesse étudier a Luxeuil. (Vie de s. Eustaise, Sts de Franche-Comté, t. II. p. 232.)

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