‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 248 sur 496 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

de Bâle et le comte de Ferrette pressait un des côtés de Colmar, et une troisième division, sous les ordres des évêques et des princes, serrait la ville par le côté opposé.

„ Pendant toute la durée du siège, l’armée royale fut abondamment pourvue de tous biens. L’année fut chaude et sèche et le vin excellent. Les Bàlois fournissaient à tous les besoins de l’armée. Les Colmariens étaient suffisamment pourvus de vin et de blé. Le viertel de froment se vendait sept sols, mais le viertel de farine valait une livre, à cause du détournement de l’eau des moulins. Les pauvres gens étaient réduits à broyer le blé dans des mortiers ou à se servir d’autres machines à triturer; il y en eut aussi qui travaillèrent eux-mêmes à tourner les roues de moulin . . . Trois pauvres bourgeois, ne voulant pas souffrir plus longtemps cette disette, se dirent: „Pour Dieu et le bon droit, assumons sur nous le péril et rendons la ville à son seigneur légitime." Ils initièrent à leurs projets

des amis sûrs et dévoués qui l’approuvèrent et en informèrent le roi; celui-ci, plein de joie, leur promit son concours. Beaucoup de riches bourgeois étaient entrés dans le plan des pauvres. Voici le moyen qu’ils proposèrent au roi: „ provoquez par vos archers, les Colmariens à une sortie ; quand les chefs de la ville auront franchi les portes, nous les fermerons sur eux et nous les livrerons ainsi; puis nous vous recevrons sans danger dans la ville. Le roi fit de son côté ce que les bourgeois avaient arrêté, mais le seigneur de Rappolstein et le schultheiss, avertis à temps de ce dessein, ne sortirent point de Colmar. A ce plan en succéda un autre. Ils proposèrent d’incendier une maison au point du jour et de donner au roi l’occasion de forcer l’entrée de la ville, pendant que les hommes d’armes courraient au feu. Mais ce projet ne réussit pas non plus.

„ L’évêque de Strasbourg, apprenant ce qui se passait, vint avec deux cents hommes pour donner aide aux Colmariens. Pendant que le conseil de la ville délibérait sur ce sujet, la foule se présenta en criant : „nous ne voulons pas recevoir plus de soldats!" Et courant alors aux armes, les pauvres forcèrent les gardiens de leur livrer les clefs de la ville. L’évêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg, et le seigneur de Rappolstein se réfugièrent chez les frères mineurs, puis l’évêque se sauva presque nu par-dessus les murailles avec dix hommes. Le seigneur de Rappolstein fut pris et conduit en prison. Ensuite les bourgeois députèrent au roi un bourgeois recommandable, nommé Rebmann pour lui remettre les clefs de la ville et lui offrir sa soumission; ce qui causa une grande joie dans la ville, au dehors et dans l’armée du roi. La même nuit, les Colmariens livrèrent au roi, sur sa demande, le seigneur de Rappolstein et les autres prisonniers.

„Le roi, irrité de ne point voir le schultheiss parmi les prisonniers, fit annoncer par un héraut que celui qui le livrerait, recevrait cent livres. Le schultheiss

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