CHAPITRE XVIII
Pierre de Reichenstein s’était acquis les faveurs de l’empereur par son empressement à venir à son aide. Aussi a-t-il recours à lui pour mettre un terme aux vexations dont souffrait un citoyen de Strasbourg de la part des gens de Selz, qui en retenaient deux autres dans les fers et menaçaient de troubler la paix publique, en exigeant de nouveaux péages pour les vins transportés par eau (29 octobre 1294). 1 On voit que la sollicitude de l’évêque de Bàle franchissait même les limites de son diocèse. Il s’était aussi assuré les conseils et le secours du comte de Ferrette, Thiébaud par un accord solennel conclu le 17 juillet 1293. Le comte s’engageait à lui prêter main forte contre qui que ce fût, à l’exception de l’empereur, de l’évêque de Strasbourg, d’Othon d’Ochsenstein et de Thiébaud, comte de Neuchâtel en Bourgogne. 2
Bàle s’était aussi fait des alliés. Quelques différends s’étaient élevés entre les bourgeois de cette ville et ceux de Lucerne. Un accord avait été conclu le 18 novembre 1291 pour remettre la solution de l’affaire à des arbitres choisis, qui devaient se réunir à Brugg ou à Aarau. 3 Un traité de comhourgeoisie conclu le 16 août 1293 pour vingt années consécutives, unit définitivement dans une étroite alliance les villes de Bàle et de Lucerne. 4
A quelque temps de là un horrible incendie dévora à Bàle près de six cents maisons : quarante personnes périrent au milieu de ce sinistre qui remplit la ville de désolation et de ruines. C’était vers l’Exaltation de la Ste Croix (14 septembre), de l’an 1 294. 5 Déjà dans la même année, il y avait en des vents violents, de grandes pluies et un ouragan qui avait détruit des maisons, brisé et déraciné des arbres immenses. 6 En hiver, le froid avait été si violent que beaucoup de vignes périrent et que les tilleuls et les autres arbres se fendirent. Au rapport de l’annaliste de Colmar, narrateur contemporain, les poissons périssaient dans les eaux, les oiseaux dans les forêts, de même que les hommes. Déjà, l’année auparavant, en 1273, il avait fait après la Purification (2 février) un froid si violent qu’à Brisach, le Rhin était gelé des deux côtés du pont et que les chevaux et les voitures le traversaient sur la glace. Le religieux de Colmar relate encore qu’en 1293, on trouva des pierres précieuses dans les environs de Schaffouse et de Bâle. 7 A l’année 1294, il rapporte l’assassinat d’un jeune garçon tué à Berne par les juifs; déjà deux ans auparavant un fait pareil était arrivé à Colmar. Nous ne savons si l’assassinat de Berne signalé par l’annaliste de Colmar doit être confondu avec le martyre de S. Rodolphe qui eut lieu dans cette ville vers la même époque. Les livres liturgiques du diocèse de Lausanne rapportent au 17 avril que sous le règne du pape Nicolas IV, les juifs qui étaient très nombreux à Berne, enlevèrent le 17 avril 1288, un enfant nommé Rodolphe, le cachèrent dans la cave d’un des leurs et le mirent à mort, au milieu des plus cruels tourments. Cet assassinat fut découvert ; le corps de l’enfant, mis à mort par haine de la foi chrétienne, fut déposé dans l’église collégiale près de l’autel de la Ste Croix qui prit bientôt le nom de S. Rodolphe, à cause des miracles nombreux accomplis sur le tombe du jeune martyr. En 1430, l’église fut rebâtie; ou plaça les reliques de S. Rodolphe dans l’autel même qui
1 Weneker, Apparatus et instructus archivorum, p. 180. = 2 Hergott, geneal. dipl. Habsb., t. II.
p. 551. = 3 Kopp, Urkunden zur Geschichte der eidgenôssischen Bünde, t. IL p. 143. — 4 Ibid., p. 147. =
5 „ In Basilea exuste fuerunt domus pene sexcente circa exaltationem sancte crucis et fere hommes XL."
Ann. præd. Colin., p. 162. - 6 Ibid. = 7 „Prope Scafusam atque Basileam fuerunt inventi lapides