CHAPITRE XIX
L’empereur Albert Ier était à Abevillers (arrondissement de Montbéliard) à la fin de septembre 1300, confirmant de son autorité suprême un accord conclu entre l’évêque de Bille qu’il appelle son très cher secrétaire (secretarii nostri karissimi) et- Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard. Pierre d’Aspelt abandonne, pour ce qui le concerne, toutes ses prétentions sur le lieu de Blamont, après discussions et débats en présence de l’empereur. De son côté, Renaud de Bourgogne résigne librement entre les mains de l'évêque les châteaux de Valangin, de Montjoie et de Dale et les reprend en fief de l’église de Bâle, en faisant hommage de fidélité à son suzerain. 1
Le comte Rodolphe de Neuchâtel ne vit pas sans inquiétude le nouveau lien qui venait de se former entre ses ennemis les seigneurs de Valangin et le comte de Montbéliard, tenancier par l’évêque de Bâle du château de Valangin. Il prit de nouveau les armes, se porta sur la Bonneville, la prit d’assaut le 28 avril 1301 et la fit raser. Sans perdre de temps, il descend sur Valangin pour lui faire subir le même sort, mais les co-seigneurs redoutant les conséquences d’une lutte inégale, demandent pardon et obtiennent une paix qui fut conclue le 2 mai 1301. Jean et Thierry d’Arberg durent payer cent, cinquante marcs d’argent pour les frais de la guerre et prêter hommage au comte de Neuchâtel pour le château et le bourg de Valangin, les fourches, le plaid de mai et les hommes royés. 2
Pierre d’Aspelt ne fit pas de réclamations, devant la force armée et triomphante du comte de Neuchâtel. On était â la paix. Une convention venait d’être conclue entre l’empereur, l’évêque de Strasbourg, les landgraves de la Haute et de la Basse Alsace, Pierre de Schoneck bourgmestre, le conseil et les bourgeois de Strasbourg, Conrad Schaller dit Ronnnelher bourgmestre, le conseil et les bourgeois de Bâle, pour le maintien de la paix et de la sécurité publique dans le territoire compris entre le Seltzbach et la Birse et entre le Rhin et les Vosges. Cette convention devait durer pendant quatre années consécutives. Des juges nommés par les parties contractantes furent chargés de vider les questions relatives à cette convention. L’évêque de Bâle choisit pour cette mission Jean de Wartenfels, son procureur â Schwartzenburg ; les bourgeois de Bâle et de Strasbourg se firent représenter par leurs bourgmestres respectifs (1301). 3
Ce fut durant celte année que Pierre d’Aspelt acquit à titre de fief de l’abbaye de Saint-Biaise, la moitié de la montagne appelée Vollenberg, au-dessus de Kembs et du Rhin, pour trois livres de cire à livrer chaque année au couvent te jour de la Purification. L’évêque était absent, dans des pays éloignés, in remotis, et son retour n’était même pas certain (si ad ecclesiam Basiliensem reversus fuerit), quand le marché fut conclu avec l’abbé de Saint-Biaise. Il fut représenté en cette affaire par son vicaire général, Dom Martin, prévôt de S. Léonard, et par le chevalier Jean Mazarelli, bourgmestre de Bâle; l’acte dressé à Bâle porte la date du 24 septembre 1301. 4
Pierre d’Aspelt était occupé â d’importantes négociations. En 1301, Albert Ier envoie au pape en ambassade solennelle, l’évêque de Toul et son chancelier: ce chancelier était sans doute l’évêque de Bâle qui est qualifié dans les actes du titre de secrétaire du roi et de chancelier du royaume de Bohème. Le chroniqueur de
1 Trouillat, t. II. p. 700. = 2 Matile, hist. de Valangin, p. 31. = 3 Lunig, Reichs-Archiv, Cont. I. p. 7.
Cette convention fut renouvelée le 4 février 1310. = 4 Gerbert, Codex dipl. hist. silv. nigr., p. 242.