CHAPITRE XIX
Bâle, nous supplions par les présentes votre domination de confier cette nouvelle plantation de la Porte du Ciel à l’abbé de Bellelay, pour qu’il soit le père abbé du monastère, dit la Porte du Ciel, car il est le plus voisin de tous les abbés de votre ordre de la dite fondation. En outre, nous désirons déclarer à Votre Piévérence que le seigneur abbé de Rüthi fait tous ses efforts pour ravoir le frère Jehan son prédécesseur. C’est pourquoi nous supplions instamment votre domination d’ordonner sous peine de désobéissance, au seigneur Jehan d’accepter le gouvernement de la nouvelle plantation. S’il refusait, la nouvelle fondation serait réduite à rien. En outre, Berthe mon épouse, et sa sœur Anne veuve appelée de Schliengen, à qui appartient par héritage paternel la propriété des biens marqués ci-dessous, et moi chevalier Munch, nous désirons vous faire savoir que voulant témoigner notre piété envers Dieu, nous avons donné et livré en toute propriété au Seigneur Jehan, au nom de son ordre, le terrain sur lequel est fondée la nouvelle plantation, sis sur le ban de Wihlen, avec le droit de patronage de cette église pour la moitié, rapportant chaque année quarante marcs d’argent et le même droit de l’église de Nollingen avec vingt marcs de revenu. Avec ces ressources et d’autres encore qui lui sont assurées, le seigneur Jehan pourra entretenir avec lui, un frère et un convers dans le couvent de la Porte du Ciel. Nous nous réservons les fruits de tous les biens à nous appartenant dans ces localités, et après notre mort, nous voulons et ordonnons que tous ces biens, rapportant d’ordinaire quatre-vingt mesures de blé, reviennent en toute propriété à cette nouvelle plantation pour l’entretien des frères qui y demeureront, et pour le soulagement de notre âme et de celles de nos parents; nos héritiers n’auront aucun droit sur ces biens. Donné à Bâle l’an du Seigneur 1 304, le vendredi avant le dimanche qu’on chante : Domine ne longe (dimanche des Rameaux, 20 mars). En foi de quoi, moi Seigneur Otto dit Munch, chevalier de Bâle, j’ai fait appendre mon sigillé aux présentes." 1 L’abbaye de la Porte du Ciel, fondée par un bâlois, prospéra. Elle eut ses abbés de 1303 jusqu’en 1523 : à cette époque, une bulle du pape Clément VII la réunit à Bellelay qui la fit administrer par des prieurs jusqu’en 1797. La Porte du Ciel à été supprimée définitivement en 1807.
Pierre d’Aspelt, l’évêque de Bâle, ne paraît pas dans cette fondation qui s’établissait sur le diocèse voisin de Constance. Il s’occupait alors de mettre en sûreté le château de Schlossberg, près la Neuveville, en préposant à sa garde Imier de Bienne qui s’engageait à y faire sa résidence, moyennant reprendre en fief différents biens vendus par ce chevalier à l’évêque de Bâle pour trente marcs d’argent (7 mai 1304). 2 Un marché bien plus important mit à cette époque la ville de Liestal entre les mains de Pierre d’Aspelt. Le 19 décembre 1305, le comte Frédéric de Toggenbourg, au nom de son épouse Ita de Hombourg vendit à l’évêque de Bâle pour deux mille cent marcs d’argent, la ville de Liestal, le château de Neu-Homburg, et un domaine à EllenwiUer, qui appartenaient à la Dame Ita par héritage de ses parents et de son frère le comte Hermann de Hombourg. Le prix de vente fut soldé aussitôt par Pierre d’Aspelt qui obtint en même temps du conseil de Bâle l’engagement de ne pas conférer le droit de bourgeoisie à des hommes de Liestal et de Neu-Homburg, sans le consentement de l’évêque. 3
1 Trouillat, t. III. p. 74. = 2 Livres des fiefs nobles, fol. 59. = 3 Bruckner, Merkwürdigkeiten der
Stadt. und Landschaft Basel, 979 — 980.