OTHON DE GRANDSON ET L’EMPEREUR ALRERT I
L’empereur tomba de cheval entre les bras d’une pauvre femme qu’il couvrit de son sang. Les assassins cherchèrent d’abord un refuge dans le château de Frobourg, mais le comte de Nidau qui en était le maître, les en fit partir. Ulrich de Palnm, le vaillant chevalier, se cacha longtemps dans la maison des converses où il mourut ignoré. Rodolphe de Wart chercha quelque temps un refuge dans son château de Falckenstein ; puis, voulant aller demander son pardon au siège apostolique, il passa par ITsle-sur-le-Doubs qui appartenait à Tbiébaud de Neuchâtel, comte de Blamont; un histrion le fit connaître au comte et à sa femme qui s’écria en pleurant: „Que le meurtrier de mon seigneur et cousin ne s’échappe pas d’ici. “ Aussitôt Rodolphe de Wart fut arrêté par le comte avec son serviteur Rulassingen et livré contre une somme d’argent au duc Léopold. D’où est venu à ce comte le surnom de marchand (mercator). Rulassingen fut mis sur la roue près d’Ensisheim ; mais de Wart fut conduit au lieu où s’était accompli l’assassinat de l’empereur. Privé d’avocat, il se défendit en niant son crime et en réclamant l’épreuve du duel.
Sceau de Jean d’Autriche.
Il fut condamné; attaché à la queue d’un cheval, on lui brisa le dos el les membres et il fut exposé en cet état sur une roue. Sa femme Gertrude de Palma vint durant la nuit se prosterner sous la roue et y resta en prières, les bras étendus en croix. On demanda au patient s’il voulait que sa femme demeurât auprès de lui ; il répondit qu’il préférait la voir loin, parce que sa douleur le faisait autant souffrir que ses propres souffrances. Cette veuve désolée vécut à Bâle encore de longues années, menant, selon l’expression du chroniqueur contemporain, une très heureuse vie ; — beatissimam vitam duxit. 1 Elle fonda du consentement de ses fils Rodolphe et Marquard chanoines de Bâle et d’Anne sa fille, leur anniversaire dans le couvent des augustines d’Interlacken (canton de Berne), en lui assignant un revenu de trente mesures de blé et d’avoine, estimées quinze livres de deniers. Dans le cas où les religieuses ne rempliraient pas exactement les intentions de la fondatrice, il devait revenir intégralement à la cathédrale de Bâle, qui gardait dans sa sacristie l’acte authentique de cette donation. 2 Le couvent de Lucelle avait aussi accepté un anniversaire fondé pour Rodolphe de Wart par ses héritiers. 3
1 Chron. Alb. Arg., p. 43 et 44. = 2 Exlibro vitæ eccl. cath. Basil, ad 11 nonas Junii. = 3 Nécro-
loge de Lucelle. Trouillat, t. III. p. 130.