CHAPITRE XX
Le lendemain, l’empereur était assassiné sur les bords de la Reuss, presque en face du vieux château de Habsbourg, tout près d’Altenbourg, premier manoir de ses ancêtres. A la tombée de la nuit, au moment où les assiégés de Fürstenstein se disposaient à se rendre, un envoyé cria du faîte de la montagne : „ Seigneur de Rotperg, le roi est mort assassiné. “ A cette nouvelle, l’armée qui en fut aussi avertie avant le milieu de la nuit, prit peur et se retira de grand matin. Les assiégés venant à Bâle, continue Albert de Strasbourg, étaient irrités contre les Munch; il y eut dissension, Nicolas zer Kinden fut tué par Pierre Schaler, le peuple se souleva et l’évêque Othon, prenant la bannière des bourgeois, envahit la demeure des Munch, près de Saint-Pierre. Le peuple y entra avec lui, les Munch et leurs enfants s’enfuirent par-dessus les murailles et à travers les égouts; la maison fut pillée, cinquante voitures de vin répandues; la destruction fut complète. Une troupe d’amis, réunis sur la place de Bâle, descendit au secours des Munch; le peuple les mit en fuite; ils se réfugièrent au Lion rouge, mais poursuivis par la populace, ils se sauvèrent sur les toits et de là ils durent sauter dans la rue. Lorsque la fureur du peuple fut apaisée, les familles des Schaler et des Munch quittèrent Bâle d’où elles furent exilées durant quatorze ans. 1
Quelques historiens, entre autres le P. Sudan dans la Basilea Sacra, ont soupçonné Othon de Cfrandson d’avoir trempé dans l’assassinat d’Albert d’Autriche. Aucun document n’est venu appuyer cette assertion. Albert de Strasbourg, chroniqueur contemporain, dit au contraire que l’évêque Othon qui de suite après le meurtre du roi, aurait bien pu faire ses affaires, en recevant de l’argent, fit une alliance avec la reine et ses enfants. 2 On sait avec quelle implacable sévérité furent poursuivis et punis les assassins de l’empereur. Si l’évêque de Bâle avait trempé de quelque manière dans cet horrible assassinat, au lieu d’un traité d’amitié avec la famille impériale, il aurait subi inexorablement le juste châtiment de son crime. Or, ce traité d’alliance existait avant 1554 dans nos archives. On y lisait que la reine Elisabeth et le duc d’Autriche Léopold avaient juré sur les saints évangiles d’aider de tout leur pouvoir, contre qui que ce fût, l’évêque et l’Église de Bâle, toutes les fois qu'ils en seraient requis, à leurs propres frais et dépens. De son côté l’évêque Othon avait fait le même serment de prêter aide et appui à la reine et au duc; il n’exceptait que Thierry, comte de Ferrette, son oncle et le futur roi des Romains. Connue gage de sa parole, le duc Léopold livra à l’évêque le château de Lanser. 3 Ce traité très amical exclut toute participation d’Othon de Grandson au crime du 1er mai 1308.
Parmi les meurtriers d’Albert d’Autriche, Rodolphe de Wart appartient plus spécialement au diocèse de Bâle. Deux de ses fils, Rodolphe et Marquant de Wart furent chanoines de la cathédrale de Bâle. 4 L’assassin avait donné le signal du meurtre de l’empereur. Il s’était écrié, selon le rapport d’Albert de Strasbourg: „ Combien de temps laisserons-nous chevaucher encore cette charogne." 0 A ces mots, l’écuyer d’Albert d’Autriche se jeta à la bride de son cheval. Jean, son neveu, lui plongea son épée dans la gorge, Wart dans le côté; de Palm lui fendit le crâne.
1 Chron. Alb. Arg. = 2 „Episcopus autem Otto, qui initio occasionis Regis bene potuisset
agere facta sua, recepta pecunia, cum regina et ejus liberis concordavit. “ Chron. Alb. Arg. = 3 Cata-
logue des archives de l’ancien évêché de Bâle, N°391, fol. 343. = 4 Le Liber vitce de la cathédrale
portait la mort de Marquard de Wart au 24 décembre 1347. = 5 „Quamdiu istud cadaver equitare
permittimus.11 Loc. cit., 42.