CHAPITRE III
contrées, une solitude où il pût en paix servir Dieu et lui consacrer sa vie. Traversant l’Helvétie, il atteignit les bords du lac de Bienne où il prêcha l’Évangile ; puis franchissant les monts et se rapprochant des frontières de la Bourgogne qui lui apportaient les souvenirs, et comme les saintes émanations de Luxeuil, il fixa sa demeure dans une profonde vallée, arrosée par le Doubs. L’aspect en était sauvage; d’épaisses forêts en rendaient l'entrée difficile. S. Ursanne y établit le lieu de son repos.
Dieu seul put compter les actes de vertu que pratiqua Ursanne dans sa nouvelle retraite; il y rassasia son corps, nous dit un historien, de macérations et de veilles, fortifia son esprit par des méditations continuelles, nourrit son cœur d'espérance et d’amour.
Un jour un voyageur, égaré dans les bois, découvrit la retraite de notre saint. Dès lors son nom passa de bouche en bouche, et bientôt il vit venir à lui, comme autrefois son divin maître, une foule de personnes qui avaient soif de sa parole, ou besoin de sa prière. Plusieurs même furent tellement frappés de l’éminente sainteté du serviteur de Dieu qu'ils se construisirent des cellules à côté de la sienne pour ne plus se séparer de lui. Ces humbles cabanes, dont S. Ursanne accepta le voisinage, devaient être un jour remplacées par une célèbre abbaye. Toutefois l’œuvre de Dieu ne s’accomplit pas sans contradiction: le démon crut que le meilleur moyen de la faire échouer dans cette circonstance était d'attaquer Ursanne et il lui tendit un piège. Il se trouvait alors dans le voisinage un seigneur puissant et riche, nommé Euclion , mais dont la malice égalait le crédit. Un jour, la pensée lui vint d'inviter notre saint à sa table, de lui faire violer les règles de la tempérance et de le décrier ensuite comme un hypocrite. Ursanne, qui s’était rendu à l’invitation par d’excellents motifs, ne tarda pas à reconnaître dans son hôte un suppôt du démon. Il sortit en prononçant ces terribles paroles : „Que cette maison soit déserte et qu’à l’avenir personne ne l’habite." (Ps. 68.) On vit d’une part la demeure de l’homme méchant se remplir de bêtes venimeuses, et d’autre part, l’humble retraite de S. Ursanne se peupler de nombreux enfants. 1 Une église fut construite sous le vocable de S. Pierre et l'on y commença le Laus perennis, emprunté de Luxeuil . Des donations considérables permirent à S. Ursanne d’exercer à l’égard des étrangers une hospitalité bienveillante, et même de fournir aux malades pauvres un logement, où les soins les plus tendres leur étaient prodigués. Un jour <pie les religieux allaient chercher un malade à quelque distance de l’abbaye, l’âne qui devait l’y ramener tomba dans un précipice; mais, par un effet visible de la permission de Dieu, il en sortit sain et sauf et put ensuite continuer sa route. 2
D'ordinaire, Ursanne se retirait dans une grotte étroite où il se livrait à l’oraison et aux austérités de la pénitence. Suivant une tradition constante, rapportée dans
1 Les anciens livres de chœur du Chapitre de S. Ursanne rappelaient ces faits merveilleux, dans le 3e répons du 2° nocturne de la, fête de S. Ursanne:
Divitis injusti facta est habitatio vasta ;
Actibus immundis constanter erat quia posthac.
Ut famulus Domini prædixit, tota locustis Vermibus et gryllis domus est data rite superbi.
2 Au même office, on lit au 2° répons de 3° nocturne:
Invia per mordis clemens animal Deus alti Servavit lapsum bene firmum corpore toto,
Segne sui servi meritis animal Deus almi.
L’auteur de la vie de S. Ursanne, cité par Trouillat, 1. 1. p. 42. ajoute qu’on voit encore au dessus de la ville l’endroit d’où l’âne a fait cette chute extraordinaire.
S. URSANNE
d’anciens documents, un ours était au service du saint et apportait dans sa caverne des herbes et des racines dont il se nourrissait; l’eau qui lui servait était sortie à sa parole du rocher. Aujourd’hui encore cette source intarissable porte le nom de S. Ursanne. 1
Le serviteur de Dieu connut, par une lumière surnaturelle, le jour de sa mort. Il rassembla ses disciples autour de lui et leur parla en ces termes: „ Enfants bienaimés, recevez et gardez au fond de votre cœur les dernières paroles d’un père qui
va mourir. Continuez à fouler aux pieds, avec le même mépris qu'au premier jour de votre profession, les espérances trompeuses du monde et les convoitises du la chair. Veillez et priez, afin de ne pas perdre par votre paresse et votre négligence, les fruits d’un long travail: trop semblables en cela au moissonneur indolent qui. après avoir pris la peine de cultiver, redoute celle de recueillir les épis. Soyez surtout bien persuadés qu’en flattant agréablement les sens on
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