CHAPITRE XXI
ils; et on attendit ce retour. On ajouta qu’on ne voulait plus des juifs à Bâle et les conseils et le peuple jurèrent qu’avant deux cents ans, ils ne pourraient résider dans la ville Partout on se saisit des juifs ; on les brûla vifs tantôt dans
un lieu, tantôt dans un autre; dans certains pays, on se contenta de les expulser; mais le peuple les poursuivait, pour les mettre à mort, soit par le feu, soit en les précipitant dans les marais.
„Tous les juifs de Bâle furent brûlés sans jugement, sur les cris du peuple, dans une île du B h in, dans une maison neuve faite pour eux, le jeudi avant la S. Hilaire, 16 janvier 1349. Le vendredi suivant, ils eurent le même sort à Fribourg ; on en épargna douze des plus riches, pour répondre de leurs dettes. A Spire et à Worms, les juifs se réunirent dans une maison, y mirent le feu et périrent dans les flammes. . . . Quand la peste commença à excercer ses ravages, on vit paraître les flagellants qui parcouraient les pays. Au milieu de juin 1349, sept cents arrivèrent à Strasbourg, ayant un chef et deux maîtres auxquels ils obéissaient . Ils traversèrent le Rhin tout au matin ; le peuple accourut et lit un grand cercle autour d’eux. Ils quittèrent leurs vêtements, et se flagellèrent avec v des fouets terminés par quatre pointes de fer. Puis l’un d’eux lut à haute voix une lettre apportée, disait-il, par un ange dans l’église de S. Pierre à Jérusalem. On y lisait que le Christ était irrité des crimes de la terre, particulièrement de la violation du dimanche, des blasphèmes, des usures, des adultères, de la transgression du jeûne du vendredi. A la prière de la bienheureuse Vierge et des anges, le Christ avait répondu, que, pour trouver miséricorde, chacun devait sortir de son pays et se flageller durant trente-quatre jours. Les Strasbourgeois firent aux flagellants l’accueil le plus empressé : environ mille de la ville entrèrent dans cette confrérie.
„A Bâle, environ cent des meilleurs de la ville entrèrent dans l’association des flagellants et s’en allèrent jusqu’à Avignon. Là, ils se flagellèrent en public. On en fit rapport au pape Clément VI qui les blâma de s’être imposé à eux-mêmes cette rigoureuse pénitence. Il voulut même les faire mettre en prison, mais quelques cardinaux les excusèrent sur leur bonne foi. Le pape défendit sous peine d’excommunication à tous les fidèles de se flageller en public; il n’autorisa que les flagellations secrètes dans l’intérieur des habitations." 1
Une pièce fort curieuse à ajouter à cette relation si intéressante de notre chroniqueur, est la lettre adressée au conseil de Strasbourg le 25 juillet 1349, par le bourgmestre de Bâle, Conrad Münch de Landskron, et le conseil de cette ville. Ils ont jugé récemment plusieurs juifs baptisés, dont les uns ont été roués, les autres brûlés. Tous, avant d’être soumis à la torture, connue après, ont avoué qu’ils avaient fait usage de poison ; les uns disaient en avoir jeté dans les fontaines, les autres en avoir mis dans les maisons des chrétiens en cette ville, dans leur eau et dans leur foin; ils avaient empoisonné du vin qu’ils offraient aux chrétiens: l’un d’eux a même déclaré avoir acheté du beurre qu’il a jeté liquéfié dans le foin après l’avoir empoisonné. Quelques enfants des juifs exécutés, détenus dans les prisons de Bâle, ont déclaré et déclarent encore tous les jours, que leurs parents leur faisaient porter du poison dans les maisons particulières oû plusieures personnes sont mortes empoisonnées. Quelques-uns de ces juifs baptisés, que l’on
1 Ghron. Alb. Argent., p. 164 et seq.