CHAPITRE XXI
entourant le chœur. A ce mur se trouvent six roses gothiques d’un beau dessin; et plus haut s’élève encore le mur supérieur du chœur proprement dit, qui laisse pénétrer dans l’église, par cinq grandes fenêtres ornées simplement, une masse de lumière déjà très forte du temps que les vitraux étaient peints, et d’autant plus grande aujourd’hui.
Le toit de la grande nef, celui du chœur et celui du transept sont couverts de tuiles coloriées et vernies au feu, qui, par leur alternative de vert clair, de jaune, de brun rougeâtre et de blanc, forment un ornement en losanges de l’effet le plus agréable. Les toits inférieurs sont pour la plupart couverts de tuiles communes. Malheureusement les tuiles peintes du grand toit sont en partie fortement endommagées par le temps.
La nef et ses curiosités.
Une grande nef, haute de soixante-dix pieds de France, et large de trente-neuf, formait autrefois, avec deux bas côtés ayant la moitié de sa hauteur, le grand corps de bâtiment : plus tard, on ouvrit les murs extérieurs des bas côtés, et l’on y ajouta deux nefs latérales, 1 dont les fenêtres, déjà mentionnées, donnent, malgré leur longueur, fort peu de jour à l’église. Si nous en exceptons les parties du devant (c’est-à-dire les trois côtés, et la façade intermédiaire, qui contient la fenêtre au haut du portail avec ses deux fenêtres accessoires, une allée crépie en blanc, plus moderne et répondant à la galerie inférieure du dehors, puis enfin, au-dessus, la fenêtre principale), les deux dernières nefs et la voûte, assez maladroitement placée sur les gros piliers adossés, tout ce qui reste du grand corps de bâtiment est de la première moitié ou du milieu du XIIe siècle ; c’est du style byzantin avec un commencement d’ogives dans les formes capitales ; car c’est là, et non pas dans les pelits ornements, que l’ogive a commencé, à remplacer le cintre byzantin. Les arcs qui séparent la grande nef de ses bas côtés sont à ogives, il est vrai, passablement obtuses, en comparaison des arcs gothiques des périodes suivantes; mais les galeries élevées sur les deux bas côtés intérieurs, à peu près de même largeur, ont des voûtes en plein cintre et des arcs demi -circulaires ouvrant sur l’église et s’appuyant chacun sur deux petites colonnes à chapiteaux élégants. Les murs des tours et six gros piliers, dont le dernier est en même temps pilier du chœur, soutiennent la grande nef de chaque côté. Le pilier qui est à l’extrémité est relié à son vis-à-vis par le jubé, ouvrage du XIVe siècle, qui s’élève jusqu'audessus de leurs chapiteaux et qui déploie quatre beaux arcs richement décorés du côté de la nef, et surmontés d’un parapet à jour. De deux en deux piliers s’élèvent de longues demi-colonnes, sur les chapiteaux desquelles prennent naissance les côtes de la voûte. Les chapiteaux du haut, comme ceux du bas, sont en général sans ornements, ou ceux qui existent n’ont aucune valeur artistique. Les piédestaux sont garnis de ces feuilles d’angles qui caractérisent le XIIe siècle, ici de forme assez rude. Les piliers maintenant libres, et autrefois adossés qui séparent les bas côtés intérieurs des bas côtés extérieurs n’ont que des moitiés de chapiteaux également sans ornements.
1 Le tout a maintenant, y compris l’épaisseur des murs, une largeur d’environ cent vingt pieds de France. Nous rapporterions la quatrième nef et la cinquième au XIVe siècle seulement, s’il ne s'y trouvait pas des monuments du XIIIe. Toutes les deux se composaient autrefois de chapelles.
L’intérieur de la cathédrale de Bâle