CHAPITRE XXII
Non content de ces mesures sévères que lui commandait le bien de l’église de Bâle, Jean de Vienne eut aussitôt recours à l’empereur qu’il alla trouver à Francfort sur-le-Mein avec trois chanoines de sa cathédrale, le trésorier Pmdolphe Froweler, le scolastique Conrad Münch et Henri de Massevaux. Par un diplôme scellé de la bulle d’or le 14 septembre 1366, Charles IV confirma à son très cher prince, l’évêque de Bâle, et à son église tous les droits et privilèges accordés par les empereurs, ses prédécesseurs ; il déclara nul et de nul effet, tout ce qui aurait été fait ou tenté contrairement à ces privilèges par les citoyens de Bâle, en fixant une amende de cent livres d’or envers quiconque porterait atteinte à cette confirmation. Parmi les témoins de cette charte impériale, figurent les archevêques de Mayence, de Trêves, le patriarche d’Aquilée, le nonce du pape, les évêques d'Olmutz, de Worms, de Strasbourg, de Spire, de Brixen, de Coire, etc. 1 En même temps Charles IV invita par une ordonnance spéciale les Bâlois à réparer dans l’espace d’un mois les torts qu’ils avaient causés à leur évêque en empiétant sur ses droits ; il se déclarait prêt à porter secours à Jean de Vienne pour rétablir les choses dans leur ancien état (14 septembre 1366). 2 Les Bâlois ne se rendirent pas aux ordres de l’empereur ; à leur tour, ils firent entendre leurs plaintes. Charles IV chargea les évêques de Strasbourg et de Spire, Simon de Liechtenberg et le conseil de Strasbourg d’examiner les différends entre Bâle et son évêque, de lui rapporter ce qu’ils auront conclu et d’assigner les parties en présence de l’empereur, si c’était nécessaire (4 novembre 1366). 3 La paix fut rétablie au commencement de 1367: l’évêque de Bâle promit aux Bâlois de leur donner tous les ans un maître bourgeois et des conseillers; il leur jura aide et protection et confirma leurs privilèges. De leur côté, les Bâlois lui promirent appui et secours contre tout ennemi, respect des droits de l’église, sans conspiration entre eux (23 janvier 1367). 4 Ils chargèrent en même temps un chanoine de Lutenbach, maître Benoît de solliciter pour eux l’absolution des censures et de l’excommunication qu’ils avaient encourues, à l’occasion de leur différend avec l'évêque et le chapitre. 5 L’empereur récompensa la soumission des Bâlois en leur accordant la faculté de percevoir un demi-florin sur tout chargement montant ou descendant le Rhin et entrant dans la ville. Ce privilège ne pouvait être révoqué que moyennant deux mille florins au profit des Bâlois ; toute atteinte à ce droit était punie d’une amende de cinquante livres d’or. 6
Le Petit-Bâle ne partagea pas la révolte des Bâlois. Déjà en octobre 1365, Jean de Vienne avait obtenu de l’empereur une charte qui accordait au conseil et aux bourgeois de cette localité le droit de recevoir de nouveaux bourgeois, à l’instar de ce qui se pratiquait à Colmar; de ne pouvoir être traduits devant aucun autre juge que devant leur prévôt, ni chargés de quelque impôt pour leur navigation sur le Rhin. 7 Charles IV profita de cette occasion pour recommander aux Bâlois les juifs établis dans leur ville (11 octobre 1365). 8 Jean de Vienne reconnut la fidélité du Petit-Bâle en lui accordant la faveur de ne payer à l’évêque chaque année qu’une somme de quarante livres, pour les tailles. Il leur promit en outre de ne point leur donner de prévôt civil qui n’eût son domicile au Petit-Bâle, afin qu’ils fussent mieux administrés. Le chapitre
1 Trouillat, t. IV., p. 233. = 2 Ibid., p. 236. = 3 Diplomatarium Basil., p. 34. Archives de l’ancien
évêché de Bâle. = 4 Trouillat, t. IV. p. 706. = 5 Ibid., p. 710. = 6 Ochs, t. II. p. 215. = 7 Ibid.,
t. II. p. 292. = 8 Ibid., t. II. p. 202.