CHAPITRE XXII
de l’église et des châteaux. Cependant on envoya au secours de la ville de Strasbourg des hommes à pied et à cheval pour repousser ces bandes de brigands. A son tour, le conseil de Bâle appela à son aide ses alliés de Strasbourg. Dans une lettre du 22 juillet 1365, le bourgmestre Otteman Schaler, chevalier, leur annonça que les brigands sont arrivés près de Bâle et portent de grands dommages aux bourgeois de cette ville ; ils sont si rapprochés qu’on ne peut prévoir à quel jour ni à quelle heure ils marcheront contre Bâle; le secours des Strasbourgeois est urgent; il les prie, en vertu de l’alliance qui les unit, d’envoyer sans retard des auxiliaires à pied et à cheval, avec mission de séjourner à Bâle jusqu’à ce que cette ville soit délivrée de ces bandes dangereuses. 1 Bâle en fut quitte cette fois pour la peur. Ce ne fut que dix ans plus tard que les anglais, comme on appelait ces troupes pillardes, pénétrèrent dans l’évêché de Bâle et en Suisse. Nous les retrouverons à cette époque. Jusque-là d’autres événements marquèrent les premières années du règne de Jean de Vienne.
La paix faite avec les Bâlois soumis, l’évêque s’occupa de remettre entre mains sûres et avec les garanties convenables, les fiefs de l’évêché dont les vassaux devaient faire la reprise après le sacre de chaque nouvel évêque. Albert et Léopold, ducs d’Autriche, tenaient plusieurs fiefs importants de l’église de Bâle, du chef de leur mère„ Jeanne de Ferrette. Le 25 août 1367, ils adressent de Vienne une demande de reprise de ces domaines à leur très cher cousin — consanguineo suo carissimo — Jean, évêque de Bâle. Empêchés par les affaires de leurs duchés d’Autriche, de Styrie, de Carinthie et de Carniole, ils ne peuvent se présenter devant le prélat pour reprendre les fiefs qu'ils tiennent de l’église de Bâle; ils supplient Jean de Vienne de leur faire délivrer dans les formes usitées, les lettres requises en pareilles circonstances. 2 Les difficultés que Jean de Vienne rencontra chez les Biennois ne lui laissèrent pas le loisir de répondre aussitôt à la demande des sérénissimes et illustrissimes princes d’Autriche;3 ce ne fut que l’année suivante (26 février 1368) qu’il chargea Rodolphe, comte de Neuchâtel, sire de Nidau, de donner en son nom, aux ducs Albert et Léopold l’investi ture qu’ils réclamaient. Ce comte de Neuchâtel avait résigné entre les mains de l’évêque les biens qu’il retenait en fief de l’église de Bâle dans le Buchsgau et les avait repris, le 10 août 1 367, avec les comtes Rodolphe et Eberhard de Kibourg et avec les comtes Othon et Simon de Thierstein. 4 L’écuyer Viguelin de Hattstat en avait fait autant la même année pour son fief castrai de Hartmanswiller qu’il reprit le 20 décembre 1367 avec son oncle, le chevalier Bourkard de Landskron. 5
Jean de Vienne avait besoin de ces vassaux pour appuyer son autorité tenue en échec par les résistances de quelques rebelles, devenus forts par l’appui d'alliés ou de eombourgeois du voisinage. La ville de Bienne ne cachait pas ses projets d’indépendance et ses prétentions à une autonomie qui aurait fait disparaître entièrement l’autorité de l’évêque de Bâle, prince temporel et souverain de la cité. Il y avait rébellion déclarée contre le prélat dont les droits .étaient méconnus et foulés aux pieds. L’historien national J. de Muller atteste qu'à Bienne la hardiesse et le bonheur avaient donné tant de force au gouvernement municipal que Jean Senn de Munsingen fut tantôt obligé de céder, tantôt forcé de comparaître devant
1 Sehilter, Observ. ad chron. Jacobi de Ivonigshofen, 891, 906. = 2 Livre des fiefs nobles, fol. 11. =
3 „ . . . Nos Johannes, propter ardua et plurima nostra et Ecclesie nostre negotia perpediti . . . “ Trouillat.
t. IV. p. 255. = 4 Ibid., p. 241. = 6 Ibid., p. 245.