INCENDIE DE BIENNE
des arbitres avec les magistrats de cette ville comme avec ses égaux. 1 Les bourgeois d’alors, continue l’historien, avaient l’humeur si revêche que l’on rendit à Bienne plusieurs lois rigoureuses pour défendre d’injurier les conseillers et les greffiers ou de leur donner des démentis dans la chambre du conseil, ... de sonner le tocsin pour exciter une émeute et de refuser les places du conseil, médiocrement agréables dans un pareil état de choses. Bienne avait un conseil dont les membres élisaient leurs successeurs, 'lorsque le temps était expiré. Ils prêtaient serment au maire de l’évêque qui, à son tour, prêtait serment au conseil et à la commune. 2 Des alliances perpétuelles unissaient Bienne avec Berne (1352), Fribourg (1343) et Morat (1354). 3
Jean de Vienne ne voulut pas tolérer un état de choses si contraire à son autorité. La combourgeoisie de Berne sur laquelle les Biennois appuyaient leurs prétentions d’indépendance, excitait en particulier son indignation. Il somma les Biennois de renoncer à cette alliance et de lui rendre la soumission due à leur souverain. Les Biennois s’y refusèrent et maintinrent leur alliance et leurs prétentions. 4 Jean devienne n’était pas homme à se laisser intimider par quelques bourgeois récalcitrants. Il accourut à Bienne avec une troupe de ses nobles vassaux et de gens d’armes, entra dans son château et y fit appeler les principaux de la ville ; ils se présentèrent isolément, les uns après les autres. Jean de Vienne, les traitant comme des rebelles, les fit arrêter et consigner dans les prisons du château. Les Bernois furent aussitôt prévenus de cet attentat à la liberté de leurs combourgeois. Ils appelèrent le secours des confédérés d’Uri, de Schwytz et d’Unterwalden, qui députèrent neuf cents hommes des Waldstatten pour leur prêter main forte. 0 Au bruit de l’arrivée de cette armée ennemie, l’évêque ne se crut pas en sûreté à Bienne et se retira avec sa troupe dans son château de Schlossberg, au-dessus de Neuveville. Le comte de Nidau, Rodolphe de Neuchâtel, qui était avec ses gens d’armes dans l’armée de Jean de Vienne avant de chercher refuge dans son château de Nidau, livra Bienne au pillage. Il y avait alors à Bienne plusieurs marchands de Berne, que la foire du 2 novembre y avait attirés ; leurs marchandises furent la proie du comte qui fit en même temps de nombreux prisonniers et enfin mit le feu à la ville qui fut entièrement consumée. Il ne resta debout que le château de l’évêque. Les Bernois arrivèrent sur ces entrefaites: leur secours était inutile. Ils s’emparèrent sans coup férir du château de Bienne, délivrèrent les prisonniers et démolirent cette forteresse.
De là, ils se portèrent sur la Neuveville, dont ils firent le siège. Durant dix jours ils attendirent, malgré le froid, une sortie des assiégés pour leur livrer bataille. L’évêque et sa troupe se tinrent à l’abri des murailles. Les Bernois perdirent durant le siège un des leurs, Henri Ziegerlin. Dépourvus de moyens
1 J. de Muller cite à l’appui une charte de 1338 relative au pont de Bienne. = 2 Compromis de
l’évêque au sujet du comte Louis de Neuchâtel, Motiers, 1346. = 3 J. de Muller, Histoire des Suisses,
t. V. p. 57 et suiv. = 4 Les historiens Tschudi, Stettler, Simmler, Hottinger, Blôsch, Histoire de la ville
de Bienne, 1. 1. p. 123 et suiv., sont d’accord avec Jean de Muller sur la cause de la guerre entre Jean
de Vienne et les Biennois. La chronique de Bienne de Rechberger (1566) dit qu’outre l’alliance avec Berne que Jean de Vienne ne pouvait souffrir, l’évêque trouva encore de la résistance chez les Biennois sur d’autres objets qu’il réclama en vain de ses sujets. Urstisius cite un document de 1367 qui signale l’obstination des Biennois à refuser à l’évêque les droits qui lui appartenaient: „Nuper etiarn burgenses et oppidani de Bielle episcopo et ecclesie Basiliensi gravera, et intolerabilem injuriam et violentiam temeritate sua propria irrogantes, episcopi et ecclesie jura imminuere et subvertere episcopum et ipsam spoliare et destruere præsurapsissent ; hanc ut contumaciam refrenare et ecclesiæ jura, cura jure nequiret vi defendere posset. . . “ Urst. Rhaps. 101. = 5 J. de Muller, p. 60. — Blôsch, Histoire de Bienne, p. 126