CHAPITRE XXII
copat à son actif. Au rapport du vieux chroniqueur de Metz, „il mourut poure (pauvre) homme, selon son estait (état) après avoir vesquit (vécu) toute sa vie là (à Baille en Alemaigne) en guerre et en tribulation 1 C’est sans doute faute de ressources suffisantes que les serviteurs du pauvre évêque ne purent transporter ses restes à Bâle et le déposer dans sa cathédrale. On se contenta de l’ensevelir dans le chœur de' Saint-Pierre à Porrentruy et la misérable pierre qui couvrit l’évêque de Bâle, ne reçut pas même le lustre des armoiries de sa noble et illustre famille. Jean de Vienne mourut pauvre et cette dilapidation de l’évêché qu’on lui a si souvent jetée à la face, a si peu servi à l’enrichir qu’il n’eut pas même une tombe digne de lui. A Bâle, ce fut son chancelier Louis qui fonda son anniversaire en donnant à la chapelle Saint-Pierre, derrière le maître-autel, une maison, sur les revenus de laquelle on devait prélever un florin pour l’anniversaire du pauvre défunt. 2
Les détracteurs de Jean de Vienne ont surtout étayé les reproches qu’ils font à son administration, sur un mémoire du chapitre de Bâle dont le catalogue des archives de l’ancien évêché de Bâle reproduit un court résumé: l’acte original a disparu. M. Trouillat sans contester la valeur de ce document, le reproduit deux fois, au tome premier page GV et au tome quatrième page 764. Après un examen attentif de ce factum, nous ne pouvons lui donner la valeur que la plupart des historiens lui ont reconnue. S’il émane du chapitre de Bâle, il ne peut être que le fait d’ennemis personnels de Jean de Vienne qui lui ont attribué à tort des faits dont il ne pouvait porter la responsabilité.
Nous l’avons largement démontré. En outre, par des preuves authentiques, nous avons prouvé que presque toujours le chapitre de Bâle avait ratifié, approuvé et revêtu de son sceau les engagements et les emprunts faits par Jean de Vienne. 11 ne lui appartenait pas d’en faire après coup un crime à l’évêque qu’il avait cautionné par l’appui de son autorité. Nous avons donc des doutes très fondés sur l’authenticité de cette pièce dont la valeur est très minime en face des actes et des faits certains qui remplissent l’épiscopat de dix-sept ans de Jean de Vienne. Devant l’histoire et la vérité, nous appelons Jean de Vienne un grand et sévère justicier ; c’est assez pour qu’il demeure un évêque et un prince digne du respect et de l’estime de la postérité. — Jean de Vienne blasonnait ainsi son écu armorié: de gueules à l’aigle d’argent.
1 Chron. de Vigneules. = 2 Liber vitæ Basil, cathed.
Armoiries de l’évêque Jean de Vienne.
La ville de Sempach.