CHAPITRE XXIII
(9 décembre 1382). 1 Le nouvel élu n’était encore ni confirmé ni sacré. Son élection était encore gravement contestée. Deux concurrents s’étaient disputé la crosse de Bàle et avaient partagé les voix du chapitre. L’archidiacre Werner Schaller dont le nom a déjà paru dans cette histoire, avait réuni une partie des suffrages; mais l’écolâtre de la cathédrale, Imier de Ramstein, avait été nommé par la majorité des électeurs. 2 La lutte fut vive et ardente entre les deux antagonistes qui s’emparèrent à l'envi des possessions de l’évêché. Imier de Ramstein s’assura tout d’abord les villes de Porrentruy et de Delémont, en reconnaissant leurs franchises. Il était à Delémont en décembre 1382, où il fait dresser et sceller les chartes délivrées en faveur de ces deux villes; dans ces titres du 9 décembre il se dit „ Imier de Ramstein nommé évêque de Bàle par ses vénérables frères et compagnons les prévôt, doyen et chapitre de l’église de Bâle“.3 En scellant ces diplômes, les chanoines déclarent que c’est d’un commun accord et après mûre réflexion et uniquement dans l'intérêt et pour le bien de l’église de Bàle et de tout l’évêché, qu’ils ont nommé le seigneur Imier leur évêque. 4
Le pape Urbain VI reconnut le choix des chanoines électeurs et pourvut Imier de Ramstein de l’évêché et de l’église de Bàle. r’ Imier, quoique déjà écolâtre du chapitre, n’avait pas encore reçu la prêtrise; il était seulement minoré. Il était d'une très ancienne famille de l’évêché; le château des nobles de Ramstein se dressait sur le revers septentrional du Jura, près de Bretzwyl (canton de Bâle- Campagne.) Lors de l’élection de Clément VIL il s’était déclaré partisan de cet antipape. Urbain VI chargea l’abbé de Paris de recevoir son abjuration pour cet acte schismatique et de lui faire prêter le serment convenable. En même temps le pape manda au chapitre de Bâle de rendre respect et obéissance à l’évêque qui se présentait comme le pasteur des âmes, confirmé par l’autorité apostolique. Mêmes recommandations au clergé de la ville et du diocèse de Bâle: si l’évêque devait frapper des rebelles dans son sein, le pape était prêt à ratifier sa sentence. Aux vassaux de l’église de Bàle, Urbain VI recommande la fidélité et les services accoutumés. Une bulle spéciale adressée au peuple par le souverain pontife, lui ordonne de recevoir l’évêque comme un père et un pasteur dévoué. G
De son côté, l’antipape d’Avignon nomma évêque de Bâle, l’archidiacre Werner Schaller. 7 L’empereur Wenceslas appuya la nomination d’Urbain VI et, par un diplôme du 21 octobre 1383, enjoignit aux princes de l’empire et aux villes de Strasbourg, Bàle, Berne, Zurich, Lucerne, Soleure, Colmar. Mulhouse, Haguenau, Schlestadt, Obernay, Kaysersberg, Turckheim, Munster et B.osheim de prêter assistance à Imier de Ramstein contre son compétiteur. 8 En même temps, l’em-
1 Ibid. — T rouillât, t. IV, p. 423 et 425. Durant la vacance du siège, ce fut Wolfart d’Erenfels qui fut chargé de l’administration et du gouvernement de l’église de Bàle. Nous le trouvons en 1385, obtenant de l’évêque Imier, et du chapitre, une vente de trois cents florins assignée sur le sceau épis-
copal, pour les services rendus et ses dépenses faites dans l’intérêt de l’église. (Voir Trouillat, t. IV.
p. 780.) = 2 N. Gerung. Cliron. Episc. Basil. = 3 „Nos Ymerius de Ramestein per venerabiles viros
IVatres et socios nostros préposition, decanum et capitulum ecclesie Basiliensis norninatus episcopus Basiliensis/ Aux archives de Delémont. = 4 „Animis consideratis, de consensu equali dominum
Ymerium pro niera et pura utilitate ecclesie Basiliensis et totius episcopatus nominavimus nostrum et dicte ecclesie episcopum . . . “ Ibid. = 5 6 „Urbanus papa providet Imerio de Ramstein scolastico et in minoribus constituto ordinibus, de episcopatu et ecclesia Basiliensi/ Arch. du château de Porrentruy. =
6 Archives de l’ancien évêché de Bàle. = 7 Dans le diplôme impérial du 21 octobre 1383, Wenceslas
parle de la nomination de Werner Schaller par l’antipape d’Avignon. Voir Trouillat, t. IV. p. 434. =
8 De l’original aux archives de l’ancien évêché de Bàle.
IMIER DE RAMSTEIN, ÉVÊQUE DE RALE
pereur accorda les régales d’abord pour un an,1 puis définitivement 2 au nouvel évêque empêché par les distances et les guerres de se présenter lui-même devant le souverain.
Imier deRamstein était assez fort pour soutenir la lutte contre son antagoniste qui comptait aussi des partisans nombreux et puissants. Le duc d’Autriche Léopold, seigneur du Petit-Bâle, et à Bâle, un grand nombre d’habitants soutenaient Werner Schaller et tenaient pour l’antipape Clément VII. Appuyé par Urbain VI qui jeta l’interdit sur la ville et le diocèse de Bâle, à cause de cette adhésion au schisme, 3 Imier de Ramstein leva des troupes pour se défendre contre l’archidiacre
Le pape Urbain VI,
d'après un portrait-médaillon dans la basilique de «S. Paul hors les murs» à Rome.
armé contre lui. Le chevalier Simon de Saint-Aubin prêta main forte en cette occasion, avec trois autres hommes d’armes, à l’évêque de Bâle, qui reconnut ses services en lui engageant le village de Vendelincourt, pour les cinq cents florins qu’il lui devait (5 mars 1383). 4 Cette lutte armée causa à l’évêque Imier des dépenses et des charges considérables; il dut protéger et défendre à grands frais, contre les attaques de son antagoniste, les gens, des forteresses et b1 pays. Voyant
1 . Daturn Nuremberge/ Trouillat, t,. IV. p. 777. = 2 „Datum Moguntie, anno 1384 veneris post Lucie (16 décembre)/ Ibid., p. 782. Imier paya trois cents florins pour celte investiture dont le chan-
celier impérial, Lambert, évêque de Bamberg, lui donna quittance à Bâle en 1385. — Ibid., p. 785. =
3 Ibid., p. 779. = 4 Dans l’acte de donation fait par Imier de Ramstein en faveur de Simon de S. -Aubin, l’évêque s’exprime ainsi au sujet de sa guerre avec Werner Schaller: „Cum Wernherus Scolarii archi-
dyaconus ecclesie Basiliensis contra nos et ecclesiam ac episcopatum Basiliens. guerram moverit seu movere intendat, de facto, indebite et absque racionabili causa; et. pro tuitione ac defensione dicte ecclesie et episcopatus, ad resistendum sibi et suis, de liominibus armorum indigoamus . . . “ Ibid., p. 429.