CHAPITRE XXIII
qu'il ne pouvait sortir de cette position qu’avec son propre bien, il consentit à prêter à l’évêché, sur son patrimoine, une somme de huit mille florins de Florence pour l’utilité et la nécessité de l’église de Bâle. Ce prêt était fait sans intérêt ; l’évêque prêteur réclamait seulement, dans le cas où il serait dépossédé de l’évêché de Bâle, la ville et le château de Delémont qui lui appartiendraient jusqu'au remboursement de la somme prêtée. 1
Malgré l’antagonisme de Werner Schaller, Imier de Ramstein n’en prit pas moins possession des villes de l'évêché qui le reconnaissaient comme leur évêque légitime. Le 1er juillet 1383, il est à Bienne où il confirme les privilèges, us et coutumes de cette ville. Il prend le titre d’évêque de Bâle, par la grâce de Dieu et du siège apostolique. Quelques jours auparavant, le 18 juin, il avait promis aux Bâlois de leur donner chaque année un maître-bourgeois et un conseil; il avait reconnu leurs privilèges. De leur côté, les Bâlois lui avaient juré aide et secours contre qui que ce fût et respect des droits de l'Église. 2 A la fin de la même année, Imier de Ramstein, confirma encore les franchises de la ville de Laufon (5 décembre 1 383). 3 La lutte entre les deux concurrents n’en continuait pas moins. En 1385, le duc Léopold patronne encore Werner Schaller; il essaie d’attirer dans son parti le bourgmestre et le conseil de Fribourg en Brisgau ; le 26 janvier de cette année, il leur recommande d’envoyer deux délégués au Petit Bâle où les Bâlois devront se rencontrer avec eux et l’archidiacre pour traiter les affaires du prétendant à la crosse de Bâle. 4 Cette lutte prolongée épuise les ressources d'Imier de Ramstein; entre ses mains, les dettes se multiplient; il doit faire face aux charges immenses que lui a laissées son prédécesseur et en contracter sans cesse de nouvelles. C’est alors que nous voyons les dernières possessions de l’évêché passer en des mains étrangères et l’évêque réduit peu à peu à un dénuement complet, jusqu’à ce que, de guerre lasse, il renonce de lui-même à un fardeau qui l’écrase et qui est au-dessus de ses forces.
En 1383, il doit reconnaître une dette de cinq cent cinquante florins d’or en faveur de Catherine de Thierstein, veuve du marquis Rodolphe de Hocberg, qui a droit à une rente de trois cent soixante-quinze florins que l’église de Bâle doit lui payer chaque année. Une autre veuve, Adélaïde de Landskron, a aussi droit à une rente de deux cent cinquante florins; on lui doit en 1383 mille six cent soixante-quatorze florins non encore payés. L’évêque, pour acquitter cette dette de son église, abandonna les revenus dits fruits bienniaux jusqu’au payement de sept cents florins. Le chapitre de Bâle consent à cet arrangement nécessaire. 5 La veuve du chevalier Bourkard Sporer d’Eptingen, Marguerite de Bremoncourt, était aussi créancière de l’évêché pour huit cents florins; Imier lui assigna la rente de cinquante florins qui lui était due sur le péage dePorrentruy (12 janvier 1384).c
En même temps, l’évêque crut de l’intérêt le plus cher de l'évêché, de racheter la ville de Saint-Ursanne que Jean de Vienne avait engagée à son cousin, l’amiral de France. Ce fut le 4 juin 1384 que par une lettre de Paris ce noble seigneur annonça aux habitants des seigneuries de Saint-Ursanne, Chauvelier et Muriaux qu’il les dégageait du serment qu’ils lui avaient prêté et qu’il les baillait et remettait en la main de l'évêque de Bâle. L’amiral chargea les chevaliers Jean de Nant,
1 Trouillat, t. IV. p. 778. = 2 Ibid., p. 775. = 3 Soloth. Wochenbl., 1822. p. 720. = 4 H. Schreiber,
Urkundenbuch der Stadt Freiburg im Breisgau, t. III. p. 40. = 5 Trouillat, t. IV. p. 776. = 6 Ibid., p. 435.