CHAPITRE I
Le premier diocèse de Bâle ou plutôt des Rauraques comprenait donc la portion actuelle du canton d’Argovie comprise entre la rive gauche du Rhin et le versant septentrional de la partie du Jura nommée Bozberg ; la partie des cantons de Bâle-Campagne et de Soleure limitée à l’ouest par la Birse et comprise entre les sommets jurassiques de la Schafmatt, du Hauenstein et du Passwang; les vallées qui constituent le bassin hydrographique de la Birse dont les principales sont le val de Laufon, de la Lucelle et de la Liisselein ; le val de Delémont, de Moutier, de Tavannes qui se termine à Pierre-Pertuis. Les Rauraques du temps des Romains avaient pour voisins, au nord, les Germains, dont ils étaient séparés par le Rhin ; à l’est et au sud, les Helvétiens ; à l’ouest, les Séquanes qui habitaient les vallées du Doubs et de la Halle, et les Latobriges qui peuplaient les flancs de la dernière chaîne du Jura, aux sources de la Largue et de 1T11, sur les rives de la Bersich et cette partie de la haute Alsace qui forma plus tard la portion méridionale du Sundgau.
Les Rauraques faisaient partie de la Gaule celtique. Sous Auguste, ils furent compris avec leurs voisins les Séquanes et les Helvétiens, dans la Gaule Lyonnaise, qui, au témoignage de Strabon, contemporain d’Auguste, s’étendait depuis les sources du Rhin et du Rhône jusque vers le milieu de la plaine (d’Alsace sans doute).1 Dans le cours du IIIe siècle, avant 293, la Rauracie, la Séquanie et l’Helvétie, formèrent une nouvelle province, la Séquanaise, nommé Maxima Sequanorum dont Besançon fut la métropole pendant toute la durée de la domination romaine dans les Gaules.
La Rauracie avait agrandi ses frontières et s’étendait alors sur la rive gauche du Rhin, dans le bassin alsatique, jusqu’au ruisseau d’Eckenbach qui se jette dans lTll entre Guémar et Schlestadt, et qui a marqué jusqu’en 1 793 les limites des diocèses de Bâle et de Strasbourg et des métropoles de Besançon et de Mayence. Ces données sont appuyées sur le texte du géographe Ptolémée qui, au IIe siècle, cite deux localités situées dans la Rauracie, Augusta Rauricorum, et Argentuaria, qu’on croit être Horbourg près de Colmar. 2 Le diocèse de Bâle dut, dès sa fondation, suivre la circonscription civile fixée à la Rauracie par les maîtres du monde. 3 Si Besançon fut la métropole comme chef-lieu de province, la province secondaire, l’ancienne Rauracie, eut son évêque, suffragant du métropolitain de Besançon, et le diocèse des Rauraques fut renfermé dans les limites mêmes de cette province, que nous venons d’indiquer.
La capitale de la Rauracie fut tout naturellement le siège de ses premiers évêques. Elle s’appelait d’abord Ranricum ou Rauracum. 4 Placée au dessous des petites cataractes du Rhin, au confluent de deux petites rivières, nommées de nos jours YErgoltz et le Violenbach, cette ville avait une grande importance. Elle ouvrait et fermait le passage de la Rauracie non seulement à ceux qui venaient de l'Italie, mais encore à ceux qui voulaient descendre ce fleuve ou pénétrer dans la Gaule.
Cette capitale des Rauraques avait d’abord été détruite par ses propres habitants, lorsqu’au nombre de 23,000, ils quittèrent leur patrie pour se joindre aux Helvètes et émigrer dans les Gaules. Battus par César l’an 58 avant J.-C., les Rauraques durent reprendre le chemin de leur patrie et relever les ruines de Rauracum. La
1 Strabon, lib. I V. p. J 17. = 2 Ptolémée. Géogr., lib. XI. c. 9. = 3 Conc. Nie., can. 5 et 6. = 4 Pline,
Hist. nat., lib. IV. c. 12. — Amm. Marcell., lit). IV. c. 10.
La Rauracie et l’Alsace, avant le Ve siècle, d’après Schœpflin.
Alsatia Illustrata, tome I.
O ri en s