CHAPITRE I
guerre les avait réduits au chiffre de 6 à 7000. 1 La nouvelle ville dut avoir de modestes proportions. L’empereur Auguste, comprenant toute la valeur de sa situation, résolut d’en faire un boulevard pour servir de renfort à ses légions contre les entreprises des Germains et pour contenir dans le devoir les Helvètes et les Rhétiens toujours inquiets et turbulents. Il chargea un des grands personnages de Rome de conduire à Rauracum une colonie romaine. Lucius Munatius Plancus avait déjà fondé la ville de Lyon. On croit qu’il arriva avec ses colons sur les bords du Rhin vers l’an 13 avant J.-C.2 Sous son active impulsion, la petite ville rauracienne fut bientôt transformée, agrandie, décorée d’édifices magnifiques. Les Romains lui apportaient les arts et les merveilles de la capitale du monde. Il y eut bientôt à Rauracum des temples rappelant ceux de Rome, des théâtres, un forum, de splendides maisons, des aquéducs, des fontaines monumentales. La ville s’étendit sur les bords du Rhin dans un espace d’une lieue et plus de circonférence, entouré de murailles dont les ruines sont encore visibles aujourd'hui.3 En mémoire d’Auguste qui avait transformé la capitale des Rnuraques, on appela la nouvelle ville Augusta Rauricorum ; Ptolémée lui donne ce nom4; l’itinéraire d’Antonin : Augusta Rauracum, 5 la carte théodosienne : Augusta Ruracum. Annnien Marcellin qui visita cette cité florissante vers Fan 386 de notre ère, dit qu’elle l’emportait en beauté et en importance sur beaucoup d’autres villes. 6 A en juger par le théâtre qui pouvait contenir 1 2000 spectateurs, Augusta devait compter près de 40000 habitants. Les ruines qui couvrent encore aujourd'hui l’emplacement d' Augusta Puauracorum, suffiraient au besoin pour attester la grandeur de la capitale des Rauraques. Suivant les usages de l’Église, 7 ce fut dans cette ville importante que l’évêque de ce pays dut fixer sa résidence.
Les documents historiques font entièrement défaut sur les origines du christianisme dans la Rauracie. Nous ignorons quel en fut le premier apôtre, le premier évêque. Jusqu’à Justinien en 346, trois siècles et plus se sont écoulés depuis la mission donnée par Jésus-Christ aux apôtres. L’Église s’est étendue par toute la terre et S. Paul a pu écrire aux Romains et aux Colossiens que la foi était annoncée dans tout l’univers et jusqu’aux derniers contins du monde.8 Senèque lui même reconnaissait qu’une religion qui avait naissance sous Tibère, avait déjà gagné toutes les parties de l’empire sous Néron. A ces témoignages du Ier siècle, ajoutons Hermas et S. Ignace qui reconnaissent que toutes les nations delà terre connaissent la loi de Jésus-Christ.9 Les preuves abondent au IIe siècle. Vers 140, S. Justin défiait les juifs de lui citer une seule race des mortels, grecs ou barbares, de quelque nom qu’on puisse les appeler . . . au sein desquelles on n'élève des prières et des actions de grâces au nom de Jésus crucifié.10 Les constitutions apostoliques,
1 César, de hello gallieo, lib. I. c. 5 — 28. — 2 On voit encore sur le mausolée de Munatius Plancus
à Gaëte une inscription authentique qui atteste que ce consul romain a mené des colonies dans les
Gaules à Lyon et à Baurica, „ ... in Gattia colonias deduxit Lugdiuium et Rauricam". Cette inscription a été
relevée sur place par le célèbre Schœpflin en 1727 et reproduite par lui dans VAlsatia lllustrata, t.I.p. 153.
En 1528, la ville de Bâle lit élever une statue à Munatius Plancus, qui se voit aujourd’hui encore dans
la cour de l’hôtel de ville. = 3 Schœpflin. dans le I. volume de l’Als. III. a donné des plans, et dessins des
ruines d 'A u g us ta Rauracorum, 1. 1. pag. 160 et suivantes. = 4 Ptolémée, Géogr., lib. IL c. 9. = 5 Itinéraire
d’Antonin, p. 353. = 0 Amm. Marcel], hist., lib. XV. c. I I : „ Apud Sequanos, Bisontios vidimus et Ranracos,
aliis potiores oppidis rnultis.11 = 7 Conc. Nie. (325) can. b. — Gonc. de Sard. (347) d’après le 6. canon de
ce concile, chaque ville devait avoir son évêque; défense d’en établir dans de petites villes ou dans les
villages. = 3 Fides vestra annuntiatur in miieerso orbe. Rom. I, 8. — Goloss. X. 18. = 8 Herm. lib. Part. IIP sim. 9. S„ Ign.. Episl. ad Philadelpb. c. 4. = 10 Dial, cnm Try phone, Pat. grecque VI. 748.
EX A U THE N EJ CO BIBLIO TH . CAES. VINDOB.